Messe de la FÊTE-DIEU « Seigneur, je veux faire vivre les autres de vous. Je veux aussi chanter vos magnifiques œuvres dans le siècle et dans l’éternité » (Abbé Camille BORNET )
Chant d’entrée :
SEIGNEUR, RASSEMBLE-NOUS DANS LA PAIX DE TON AMOUR (D 87)
1 Nos fautes nous séparent, ta grâce nous unit ; la joie de ta victoire éclaire notre nuit. 2 Tu es notre espérance parmi nos divisions ; plus haut que nos offenses s’élève ton pardon.
3 Seigneur, vois la misère des hommes affamés. Partage à tous nos frères le pain de l’unité. 4 Heureux le cœur des pauvres qui cherchent l’unité ! Heureux dans ton royaume les frères retrouvés !
5 Fais croître en notre attente l’amour de ta maison ; l’Esprit dans le silence fait notre communion. 6 Ta croix est la lumière qui nous a rassemblés : O joie de notre terre, tu nous as rachetés !
Kyrie eleison
Gloire à Dieu au plus haut des cieux Et paix sur la terre aux hommes qu’il aime
1ère Lecture: Exode (XXIV, 3-8)
Dieu attend que nous mettions en pratique ses paroles de vie
Psaume :
Magnifique est le Seigneur tout mon cœur pour chanter Dieu Magnifique est le Seigneur
2ème Lecture: (Lettre aux Hébreux IX, 11-15)
Purifiés par le Sang du Christ, nous partageons déjà avec lui l’héritage éternel.
ALLELUIA
Évangile : (Saint Marc XIV, 12-16, 22-26)
Jésus se donne totalement, Corps et Sang, à ceux avec qui il partage son dernier repas.
Credo : Je crois, Seigneur, tu es source de vie (L 79)
Prière Universelle : SOUVIENS-TOI, SEIGNEUR, DE TON AMOUR
Communion : La nuit qu’il fut livré ( C 3 )
1 La nuit qu’il fut livré, le Seigneur prit du pain ; en signe de sa mort, le rompit de sa main : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne afin de racheter tous mes frères humains. » 2 Après qu’il eut soupé pour la dernière fois, s’offrit comme victime au pressoir de la croix : « Mon sang, versé pour vous, est le sang de l’Alliance ; amis, faites ceci en mémoire de moi. » 3 Et nous, peuple de Dieu, nous en sommes témoins : ta mort, nous l’annonçons par ce pain et ce vin. Jésus ressuscité, ton Eglise t’acclame, vainqueur, passé du monde à la gloire sans fin! 4 Tu viens revivre en nous ton mystère pascal : éteins en notre chair le foyer de tout mal. Nous sommes tes sarments, sainte vigne du Père : fais-nous porter du fruit pour le jour triomphal. 5 Seigneur, nous attendons ton retour glorieux : un jour tu nous prendras avec toi dans les cieux. Ton corps est la semence de vie éternelle : un jour tu nous prendras à la table de Dieu.
Chant final: Peuple choisi (K 64)
Dieu fait de nous en Jésus Christ des hommes libres ; tout vient de lui, tout est pour lui : qu’il nous délivre !
1 Peuple de Dieu, reçois de lui ta renaissance : Comme un pasteur il te conduit où tout est grâce. 2 Peuple habité par son Esprit, heureuse Église, la voix du Père t’a choisi : maintiens son signe ! 3 Peuple choisi pour annoncer une espérance montre ton Christ : il t’a chargé de sa présence. 4 Peuple choisi pour témoigner de l’Évangile, laisse sa vie te ranimer aux sources vives. 5 Peuple choisi pour devenir un peuple immense, monte au calvaire ou doit mourir ta suffisance. 6 Peuple choisi pour être un feu au cœur du monde, passe au plus bas, fais comme Dieu: n’aie pas de honte. 7 Peuple choisi pour son festin et pour la Pâque, ne goûte plus qu’au vrai levain de ses passages.
Gloire à Jésus, maître de tout, roi de la terre ! Gloire au Messie qui fait de nous un peuple prêtre !
60ème Anniversaire de la mort de l’Abbé Camille BORNET Curé de GLUX & de SAINT PRIX
En cette année 2004, nous célébrons le 60ème Anniversaire d’évènements qui ont marqué notre histoire et, pour quelques uns d’entre nous, notre vie.
Nous sommes là, aujourd’hui, dans cette église de SAINT PRIX pour faire mémoire de la mort de l’Abbé Camille BORNET, Curé de GLUX et de SAINT PRIX.
Merci d’être venus, nombreux.
Merci à Madame VOBMANN, Maire de GLUX et aux membres de son Conseil Municipal. Merci à Monsieur Octave MONCHARMONT, Maire de SAINT PRIX et aux membres de son Conseil Municipal.
Merci à vous tous.
L’Abbé Camille BORNET
Né à CHAMPLEMY (Nièvre) le 24 Avril 1896.
Ordonné Prêtre à NEVERS le 20 Décembre 1924. Nommé Vicaire de DECIZE. Nommé Curé de GLUX et de SAINT PRIX en Octobre 1930.
Mobilisé en 1914. Fait prisonnier. Mobilisé en 1939, comme Capitaine de Réserve. Fait prisonnier. Libéré en 1941.
Dans le courant de l’été 1941, il retrouve ses Paroisses de GLUX et de SAINT PRIX. Il va s’intéresser aux réseaux de Résistance qui commencent à s’organiser dans le Morvan.
La Communion Solennelle, le jour de la Pentecôte, 28 Mai 1944, sera sa dernière célébration à SAINT PRIX.
Mercredi 31 Mai 1944. Il est midi. Quelques enfants se retrouvent à la Cure, avec leurs paniers, pour déjeuner.
Tout à coup, la maison est cernée par des soldats allemands.
L’Abbé BORNET, ancien officier, comprend tout de suite, la gravité de la situation. Il recommande aux enfants : « Surtout, ne bougez pas ! ».
(Ces détails m’ont été rapportés par un témoin, Georges MICHAUD, qui faisait partie du petit groupe d’enfants en train de déjeuner à la Cure ; J’ai bien connu Georges MICHAUD, Agent Municipal à LAROCHEMILLAY ; Maintennant décédé).
L’Abbé BORNET est alors arrêté et conduit à NEVERS.
Quelques jours plus tard, il est transféré à la prison de CHALON SUR SAONE où, à la suite de mauvais traitements, il meurt le 9 Juin 1994.
Nous pouvons lire, dans la Semaine Religieuse de NEVERS, 30 Juin 1945, Page 59 :
« Ainsi finit dans une cellule de CHALON, le 9 Juin 1944, un prêtre nivernais, coupable d’avoir porté le Bon Dieu dans les bois à de jeunes patriotes français.
Tout le Clergé de la ville, prévenu discrètement, se rendit aux obsèques, qui furent aussi solennelles que le permettaient les circonstances.
Monsieur le Provicaire de la ville et Monsieur l’Aumônier informèrent son Excellence Monseigneur FLYNN.
Que ces Messieurs et les Religieuses de l’Hôpital qui ont fait la toilette funèbre, veuillent bien trouver ici les remerciements émus du clergé nivernais. »
L’année suivante, après les démarches entreprises, le 13 septembre 1945, son corps sera accueilli triomphalement à GLUX et déposé dans l’église.
Personnellement, mobilisé à cette époque, une permission spéciale me fut accordée pour participer aux funérailles de mon Curé.
Tous les témoins ont conservé un souvenir ému de cette cérémonie de funérailles.
En 1990, à l’initiative de Jacques CROZATIER, la Place de l’église à GLUX lui fut dédiée et une Stèle fut érigée.
La Stèle fut bénie le 9 Juin 1990 par Monseigneur MOUTEL, Evêque de NEVERS.
Aujourd’hui, après 60 ans, ceux qui ont connu l’Abbé BORNET partagent la même émotion.
Il nous appartient d’être les gardiens de sa mémoire.
Ensemble, en ce jour de fête, nous rendons grâce pour le témoignage de foi, de service, de don de soi qu’il nous a donné.
Homélie
Comme chaque Dimanche, Dieu nous convoque en sa Maison. Il nous invite à partager sa Parole et le Pain de l’Eucharistie.
C’est pour nous, pour l’Église entière, un jour de joie, un jour de grâce.
Cette année, en cette église de SAINT PRIX, ce Dimanche de la Fête-Dieu sera, par excellence, un jour de mémoire :
Mémoire du Christ qui nous dit : « Vous ferez cela en mémoire de Moi »
Mémoire d’un d’un prêtre, ministre de l’Eucharistie, qui a servi son Dieu et son pays jusqu’à la mort.
Pour moi, c’est un jour de mémoire à un titre exceptionnel ; l’Abbé BORNET a été mon Curé et je suis son successeur.
Il a été le Curé de mon enfance et de mon adolescence. Il m’a enseigné le catéchisme. Il m’a préparé à la Communion solennelle, à la Confirmation. Il a fait les démarches nécessaires pour mon entrée au Séminaire.
Quelques temps avant d’être arrêté, alors que j’étais moi-même un réfractaire au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire), il m’adressait une lettre dans laquelle il me disait toute son affection. Il m’invitait à vivre ce qu’il vivait lui-même ; il m’encourageait à la générosité, à la confiance, à vivre dans la joie de servir.
« Les renoncements, petits et grands, nous valent les bénédictions du Maître qui nous a donné l’exemple » écrivait-il.
Maintenant, avec le recul du temps, avec mon expérience personnelle, je comprends mieux la valeur de sa vie.
L’Abbé BORNET a été un prêtre de son temps, un homme de Dieu parmi les hommes ; Il a incarné, parmi nous, au cœur de notre Morvan, au cœur de son époque, ces valeurs permanentes qui font la richesse d’une société et la noble grandeur de la vie :
L’amour de son pays
Le don de soi jusqu’à la mort
Le dévouement pour ses frères.
A la source de tout, une foi profonde qui met sur le chemin du service.
L’Abbé BORNET était un homme ouvert. Il se serait senti à l’aise avec les orientations du Concile Vatican II.
En ce jour de la Fête-Dieu, il est bon de nous rappeler qu’il fut un prêtre profondément attaché à l’Eucharistie. Il soulignait l’importance de la Messe, de la Communion.
Dans ses homélies, il invitait les paroissiens de DECIZE et, plus tard, ceux de GLUX et de SAINT PRIX, à communier plus souvent. (A cette époque, les communions étaient rares).
J’aime aussi rappeler les initiatives qu’il prenait pour que le Dimanche soit le Jour du Seigneur. Quand il ne pouvait pas venir à SAINT PRIX (mauvais temps, hiver, périodes militaires) il nous faisait organiser, déjà à cette époque, des célébration dominicales (sans prêtre).
Sur ce point, les paroissiens de GLUX et de SAINT PRIX, ont été des « pionniers ».
L’Évangile nous rappelle que le Christ nous a donné l’Eucharistie pour que nous soyons des vivants.
L’Abbé BORNET situait sa vie sacerdotale et pastorale dans la lumière de ce don du Christ.
Dans ses « Notes spirituelles », il écrit : « Seigneur, je veux faire vivre les autres de vous ».
Cela, il l’a fait pour nous soutenir dans la vie.
Il l’a fait pour soutenir les Résistants ; il leur rendait visite, portait la Communion dans les Maquis.
Il savait qu’en faisant cela, il risquait sa vie.
Mais il l’a fait, sans démission, jusqu’au don total de sa vie.
En faisant mémoire de lui aujourd’hui, en célébrant l’Eucharistie, prions pour qu’il nous aide à vivre dans la générosité du cœur, dans la joie de servir, à être , en notre temps, des témoins de foi, d’amour et de paix.
Marcel ALEXANDRE
Après la Messe, nous nous sommes retrouvés pour partager le « Verre de l’amitié » offert par la Municipalité. Ce fut l’occasion d’échanger d’émouvants souvenirs.
Le jeudi 19 septembre 1945, près de 2 000 personnes, venues de Glux, Saint-Prix, Villapourçon, Château-Chinon, Arleuf, Decize et d’ailleurs, accompagnaient à sa dernière demeure, Monsieur l’abbé Camille Bornet, Curé de Glux et de Saint-Prix.
Massacré par les Allemands, dans la prison de Chalon-sur-Saône, 9 juin 1944, après 10 jours de traitements plus barbares les uns que les autres, il reposait, depuis ce temps, dans le caveau des Curés de Chalon, attendant qu’on puisse le ramener dans sa chère paroisse.
Son cercueil aurait dû être déposé le 12, au soir, dans l’église de Saint-Prix, où l’on avait prévu un office funèbre, une veillée et un service de Sépulture, puis conduit à Glux où devait se dérouler la grande cérémonie finale. Des circonstances, indépendantes de notre volonté, ont empêché la réalisation de ce programme, et ce n’est que le 13, à 11 h 1/2, que le corps arrivait à Glux, accueilli par Monsieur le Curé de Saint-Prix, entouré d’une trentaine de prêtres nivernais et autunois.
Le cercueil, précédé du drapeau des Anciens Combattants, fut porté par les combattants et les prisonniers, qui rendaient ainsi hommage à ce Prêtre, capitaine et prisonnier des deux guerres, décoré de la Croix de Guerre 1914-1918.
Après les premières prières, la Messe de Sépulture commençait, présidée par Leurs Excellences Nos Seigneurs les Évêques de Nevers et d’Autun, célébrée par Monsieur l’Archiprêtre de Château-Chinon, assisté de son Vicaire et de Monsieur le Curé de Montigny et chantée avec âme par les chœurs de chant de Glux et de Saint-Prix, auxquels les Prêtres présents mêlaient leurs voix graves et émues.
À l’issue du Service, Monseigneur de Nevers montait en chaire pour rappeler les souffrances endurées par le cher défunt, flétrir la barbarie de ses assassins et prêcher le dernier sermon du Pasteur revenant pour toujours au milieu de ses ouailles. Sermon émouvant qui fit couler bien des larmes, Paroissiens de Glux et Saint-Prix, écoutez-le, retenez-le, laissez le couler dans vos cœurs et dans vos âmes ; il vous dit : « Aimez-vous les uns les autres. »
Après l’absoute, donnée par Monseigneur de Nevers, la foule s’écoulait, recueillie et remuée par cette cérémonie imposante et touchante. Quelques instants plus tard, Monsieur le Curé procédait, dans l’intimité, à l’inhumation de son prédécesseur qui repose maintenant et jusqu’à la résurrection finale, dans l’église qu’il avait fait restaurer, embellir, et à laquelle il avait donné tous ses soins.
Cher Abbé Bornet, nous offrons notre sympathie à votre famille, meurtrie par votre disparition ; et sur votre tombe, nous faisons le serment de toujours nous souvenir. Oui, vous vivrez dans nos mémoires et dans nos cœurs ; nous apprendrons à nos enfants à vénérer celui qui mourut pour Dieu et pour la France. Et, pour nous, nous vous implorons, victime pitoyable, afin que nos âmes reçoivent les bienfaits de votre sacrifice. En souvenir de votre dernière Messe sanglante, de votre calvaire de 10 jours, de votre agonie de 48 heures sur le pavé nu de votre cellule, nous vous en prions, vous qui nous avez tant aimés, faites que nous entendions et pratiquions votre dernier sermon, faites que nous nous aimions les uns les autres ; du haut du ciel, veillez sur nous, aimez-nous encore, et faites qu’un jour nous nous rejoignions sur le Cœur du Maître, dans l’Éternelle charité.
NOTRE CLOCHER – Bulletin paroissial de Saint-Prix et de Glux 1ère année N°1 – Octobre 1945
C’est avec un empressement ému et fraternel que nous avons rendu les derniers devoirs à la triste dépouille mortelle du pauvre Monsieur l’Abbé Bornet. Il y a huit jours aujourd’hui au matin qu’on portait le pauvre victime à la mort de l’hôpital.
Je me disposais à accompagner un mort au cimetière. Je m’en fus tout de suite reconnaître le cadavre.
À la soutane et à la douillette qui avait été jetées sur lui, je reconnus tout de suite que c’était bien le cadavre d’un ecclésiastique. Mais pas un seul papier qui pu nous dire quel était ce prêtre.
Je fis immédiatement prévenir la Mère Supérieur de l’hôpital, qui, vous le devinez bien, avec tout le respect et tout le dévouement que l’on peut déployer en pareille circonstance, procéda avec une autre religieuse à la toilette mortuaire du pauvre abbé.
Au retour du cimetière, je m’en fus directement au Pompes funèbres, car c’étaient elles qui l’avaient apporté à la morgue. Monsieur le Directeur devait certainement posséder les renseignements voulus. C’est par lui que j’appris que le défunt était M. l’abbé, Camille Bornet.
Je rentrais aussitôt à l’hôpital et par téléphone mandais à M. le Provicaire de vouloir bien venir à l’hôpital ou bien d’envoyer un de ses vicaire pour une communication urgente et très importante.
Ce fut l’abbé Rob, précédemment secrétaire particulier de Mgr Lebrun, qui vint et qui nous dit qu’il connaissait de nom un Monsieur l’abbé Bornet, curé de Glux et desservant en même temps la paroisse de Saint-Prix, et que ce pourrait bien être lui qui était là étendu sur cette froide pierre de la morgue. Hélas ! C’était bien lui.
Monsieur le Vicaire Général, vous connaissez le reste par la lettre de M. le Provicaire de Saint-Vincent.
Monsieur l’abbé eut des honneurs et des obsèques dignes de son sacerdoce et de son sacrifice.
Et si une publicité plus étendue eut été possible, c’est toute la ville de Chalon qui eut pris part aux funérailles du prêtre, du prisonnier tombé pour son pays.
La cathédrale de Saint-Vincent aurait été trop petite pour contenir la foule pour témoigner de son respect et de sa compatissante sympathie. Mais nous, prêtres de Chalon, nous étions tous présents.
Nous comprenons, Monsieur le Vicaire Général, votre profonde tristesse et celle de son excellence Monseigneur l’Évêque de Nevers. L’épreuve ne pouvait guère être plus dure pour un cœur d’Évêque.
Il ne m’est malheureusement pas possible de vous fournir d’autres renseignements sur la fin tragique du pauvre abbé.
Mais, pour avoir passé moi-même par la même épreuve, je sais par expérience tout ce que l’on peut souffrir dans un cachot.
Le bon Dieu, s’y fait sentir par des grâces extraordinaires, des grâces qu’il ne refuse à personne, surtout pas à un prêtre.
Donc il faut chercher ailleurs d’autres explications à pareille fin. Monsieur le Vicaire Général me comprendra aisément.
Laissez-moi vous dire encore une fois combien mon émotion fut grande devant le cadavre et la figure couverte de sang du pauvre abbé Bornet, et combien ces jours-ci j’ai prié pour ce cher confrère dans le sacerdoce le Cœur de Jésus si bon, si compatissant, si miséricordieux pour ses Prêtres.
Veillez agréer, Monsieur le Vicaire Général, l’hommage de mon plus profond respect, en même tant que celui de mes sympathies les plus attristées.
Diocèse d’Autun Église Cathédrale de Saint-Vincent Chalon-sur-Saône
Chalon, le 10 juin 1944
Monsieur de le Vicaire Général,
J’ai l’honneur de vous informer et la douleur surtout de vous annoncer, que M. l’Abbé Camille Bornet, né en avril 1896 à Champlemy – Nièvre, enfermé à la prison de Chalon, est décédé hier 9 juin à 23 h. La feuille délivrée par la prison allemande porte qu’il est mort de strangulation. Son corps est transporté à l’hôpital. Les funérailles auront lieu, je pense, mardi matin. Je ferai mon possible pour que son corps soit déposé à la cathédrale en attendant.
Je vous en avertis, parce que je suppose, d’après ce que me dit mon vicaire M. l’abbé Rob, que ce prêtre devait être curé de de Glux, au diocèse de Nevers.
Je ne sais depuis combien de temps il était à Chalon, ni pourquoi.
Je vous serais reconnaissant de me dire si ce prêtre est de votre diocèse et de faire le nécessaire pour avertir sa famille.
Veuillez agréer, Monsieur le Vicaire Général, l’expression de mes respectueux, sentiments.
Diocèse d’Autun Église Cathédrale de Saint-Vincent Chalon-sur-Saône
Chalon, le 13 juin 1944
Monsieur le Vicaire Général,
Nous venons de rendre les derniers devoirs à votre vénéré confrère, Monsieur l’Abbé Camille Bornet. Il repose, en attendant que sa famille le reprenne, dans le caveau des curés de Saint-Vincent, au cimetière de l’Est.
Nous lui avons fait des obsèques aussi dignes que possible. Une quinzaine de prêtres l’entouraient, beaucoup de religieuses, et une assistance nombreuse et profondément recueillie. Il y avait aussi des délégués de la Maison des Prisonniers, dont le directeur, Monsieur Oudot, tenait un des coins de poêle*.
Pour ma part, j’ai tenu à dire moi-même la sainte messe – et à suivre, avec mon vicaire, le corps au cimetière pour représenter à la fois sa paroisse et sa famille. J’ai reçu de touchants témoignages de sympathie que je m’empresse de vous transmettre. Des messes me sont demandées pour lui.
Que Dieu reçoive le sacrifice de cette nouvelle victime de la guerre, et nous rende, Monsieur le Vicaire général, d’autres vocations pour remplacer le vaillant prêtre qui vient de tomber.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Vicaire général, avec mes fraternelles condoléances, l’hommage de mes sentiments très respectueux.
Thiereau curé de Saint-Vincent
* Autrefois, tenir les cordons du poêle, c’était tenir les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil. Le poêle était le drap mortuaire ou la grande pièce de tissu noir ou blanc dont on couvrait le cercueil. Source : Association des Archivistes de l’Église de France
Diocèse d’Autun Église Cathédrale de Saint-Vincent Chalon-sur-Saône
Chalon, le 13 juin 1944
Monseigneur,
Nous venons de faire à la cathédrale les funérailles de Monsieur l’Abbé Camille Bornet, curé de Glux. Son corps repose au caveau des curés de Saint-Vincent au cimetière de l’Est. Nous n’avons pu atteindre sa famille mais l’évêché de Nevers est averti et j’écris aujourd’hui au vicaire général de Nevers pour lui rendre (compte ?) de ses obsèques.
Celle-ci ont été très dignes, sans tapage. Une quinzaine de prêtres l’entouraient, beaucoup de religieuses, et une assistance nombreuse et profondément recueillie.
La maison des prisonniers était représentée par une délégation, car ce prêtre était officier de réserve, capitaine aviateur (?), revenu de captivité l’an passé.
Pour ma part, j’ai tenu à dire moi-même la grand-messe, et à suivre, avec l’un de mes vicaires, le corps au cimetière pour représenter à la fois sa paroisse et sa famille. Car il n’y avait personne du diocèse de Nevers.
J’ai reçu de touchants témoignages de sympathie, et des messes m’ont été demandées pour lui.
La ville de Chalon est relativement calme. Il y a bien des allées et venues de GMR* ou autres, mais tout va normalement pour le moment. On vit cependant dans l’inquiétude pour l’avenir.
Nous sommes sur le point d’abandonner l’idée de colonies de vacances, à cause des difficultés de ravitaillement, qui deviendrait impossible sans transports. Nous allons probablement faire des patronages de vacances.
Mes vicaires vont bien. Monsieur Rob est tout à fait lancé dans son ministère et ses fonctions de directeur de maîtrise. Les enfants l’aiment beaucoup.
Je vous prie d’agréer, Monseigneur, l’hommage de mon filial respect.
Thiereau curé de Saint-Vincent
* Les Groupes mobiles de réserve, souvent appelés GMR, étaient des unités de police organisées de façon paramilitaire, créées par le gouvernement de Vichy. Source : Wikipédia
Avant que la fête des myrtilles batte sont plein, la commune la plus haute Bourgogne rendra hommage à Camille Bornet, son Abbé martyr en 1944.
Jean-Christophe Henriet
Commune la plus haute de la Nièvre et de la Bourgogne, glu bleue, connaîtra son week-end, le plus animé de l’année à partir du 1er août.
1914, 1944. 2014 : c’est par un hommage rendu, aujourd’hui, des siens que débuteront ces trois jours. Le maire, René Blanchot et son conseil municipal, déposeront une gerbe sur la stèle dédiée à l’abbé Camille Bornet, curé de Glux et de Saint-Prix (commune de Saône-et-Loire), d’octobre 1930 au 31 mai 1944.
Ce jour-là, il fut arrêté par la Gestapo de Nevers et emmené dans ses locaux de la rue Félix-Faure (aujourd’hui, rue Paul-Vaillant-Couturier). Né à Champlemy en 1896, mobilisé en 1914, ordonné prêtre en décembre 1924, à Nevers, nommé d’abord vicaire de Decize, puis curé de Glux et de Saint-Prix en 1930, Camille Bornet était capitaine en 1939. Fait prisonnier en 1940, il fut libéré en tant qu’officier de la guerre précédente. Il était revenu dans sa paroisse en 1942.
Le chanoine Guynot, dans une publication catholique de juin 1945, évoque « un homme intelligent et énergique. Sa situation, dans le Haut-Morvan, où, peu à peu, se concentrait le maquis, l’exposait à tous les risques. Lui, ne voulait y voir qu’une invitation providentielle à se dévouer en prêtre, en prêtre français ».
Deux jours après son arrestation, il fit passer un billet à ses proches : « Suis victime dénonciation grave et mensongère, agravée par déposition fausse… Que volonté de Dieu soit faite. Suis courageux dans souffrances et prévisions. Écrivez à maman. Dites-lui ma tendresse infinie ».
Torturé à mort dans les geôles châlonnaises
Des mots qui traduisent son pressentiment d’une fin violente. Son frère René, tenta de plaider sa cause auprès du chef de la Gestapo de Nevers. Peine perdue. « Votre frère est beaucoup plus dangereux qu’un terroriste ordinaire, il avait une grande influence morale. Il s’est rendu dans un camp de maquis pour porter la communion, il a, de ce fait, donné un réconfort moral à un grand nombre de ces bandits ! »
Le nazi, précisa enfin que l’abbé lui répondait avec « une crânerie, une vigueur, une fierté intolérable, à quel point qui s’était vu dans la nécessité de le gifler ». Le 6 juin, il était conduit dans les jours chalonnaises. Le personnel de la prison dit que « pendant quarante-huit heures, il était resté dans le coma, la poitrine défoncée, les épaules meurtries, et perdant le sang par la bouche, le nez et les oreilles ». Le 9 juin, un infirmier allemand mit fin à l’agonie « par plusieurs piqûres en plein cœur ».
Un tel sacrifice valait bien une marque de reconnaissance soixante-dix ans après.
Préfecture de la Nièvre 2e Division 1er Bureau Objet : Police générale Transport des corps
Nevers, le 22 juin 1945
Monseigneur,
J’ai été saisi par M. le maire de Glux d’une demande présentée par la famille de M. l’Abbé Bornet, ex-curé de cette localité, décédé le 9 juin 1944 à Chalon-sur-Saône, après avoir été martyrisé par la Gestapo, tendant à transporter le corps de ce dernier de Chalon-sur-Saône à Glux pour le faire inhumer dans l’Église Paroissiale.
Je suis heureux de vous informer que bien que les transports de corps soient actuellement suspendus et les inhumations dans les églises, interdites par la réglementation en vigueur, M. le Ministre de l’Intérieur, saisi par mes soins de la question, vient, par dépêche du 14 juin courant, d’autoriser, à titre exceptionnel, l’inhumation du corps de M. l’Abbé Bornet dans l’église de Glux.
Par courrier de ce jour, j’interviens auprès de mon collègue de Saône-et-Loire afin qu’il accorde à la famille l’autorisation de transporter le corps.
Veuillez agréer, Monseigneur, l’assurance de ma haute considération.
Chez nous, le nom de Dun-les-Places évoquera, toujours le souvenir de la tuerie sauvage dans furent victimes, le 26 juin 1944, l’Abbé René Rolland, curé de ce village du Morvan, et une vingtaine de ses paroissiens, dont le Maire.
Un autre prêtre nivernais, est aussi à inscrire au martyrologe de la Résistance, l’abbé Camille Bornet, curé de Glux-en-Glenne et de Saint-Prix, ancien vicaire de Decize.
L’abbé Camille Bornet n’avait pas 50 ans lorsqu’il fut torturé et assassiné par la Gestapo.
Combattant de 1914, capitaine pendant la guerre de 1939, prisonnier en 1940, puis libéré comme officier de la guerre précédente, il était revenu dans ses paroisses en 1942.
Sa situation dans le Haut-Morvan où, peu à peu, se concentrait le maquis, l’exposait à tous les risques. Lui ne voulut y voir qu’une invitation providentielle à se dévouer en prêtre français.
Ennemi n°1
Ce que lui reprochait devant son frère, le commandant de la Gestapo de Nevers, après son arrestation sur dénonciation le 31 mai 1944 et son emprisonnement rue Félix-Faure, ce n’était pas d’avoir commis quelque violence les armes à la main.
« C’est beaucoup plus grave ! Votre frère était l’ennemi n°1, beaucoup plus dangereux qu’un terroriste ordinaire. Il avait une grande influence morale. Il s’était rendu dans un camp de maquis pour porter la communion. Il a, de ce fait, donné un réconfort moral à un grand nombre de ces bandits ! »
L’abbé avait répondu à l’officier avec une crânerie, une vigueur, une fierté intolérables à l’officier allemand, qui avoua « n’avoir jamais rencontré un homme tel que ce curé nivernais », à tel point qu’il s’était vu dans la nécessité de le gifler.
Cela se passait le 6 juin. Or, le matin même, le curé, de Glux avait été tiré de la prison de Nevers et emmené à Chalon-sur-Saône, le lieu de son supplice.
Ajouter la calomnie à l’assassinat
Trois jours plus tard, son corps a demi nu était déposé à la morgue de la prison, sans indication ni papiers, comme le cadavre d’un inconnu.
Que s’était-il passé ?
La justice allemande avait essayé de dissimuler son crime. Elle prétendit que le prisonnier était mort par strangulation volontaire.
C’était ajouter la calomnie à l’assassinat.
On a su par le personnel de la prison que l’abbé avait souffert atrocement et que, pendant quarante-huit heures, il était resté dans le coma, la poitrine défoncée, les épaules meurtries et perdant son sang par la bouche, le nez et les oreilles…
Nous passons sur ces horribles détails des tortures infligées à l’abbé Bornet qui ne céda point et ne livra aucun renseignement sur les maquis.
Les funérailles de l’abbé Camille Bornet ont eu lieu le jeudi 13 septembre 1945. Après un court arrêt devant les portes de l’église de Saint-Prix, sa seconde paroisse, il a été inhumé dans l’église de Glux-en-Glenne où il repose depuis.
Ce jour, plusieurs milliers de personnes, croyantes ou incroyantes, pleuraient dans un silence impressionnant. Tout le Haut-Morvan était en deuil, les drapeaux en berne.
D’après un texte de Jacques Crozatier
Illustration de l’article : l’Abbé Bornet avec son petit chien Poutiou