1994.06.05 – 50ème Anniversaire de la mort de l’Abbé Camille BORNET

Glux-en-Glenne
5 juin Juin 1994

Messe de la FÊTE-DIEU
« Seigneur, je veux faire vivre les autres de vous.
Je veux aussi chanter vos magnifiques œuvres dans le siècle et dans l’éternité »
(Abbé Camille BORNET )

Chant d’entrée :

SEIGNEUR, RASSEMBLE-NOUS DANS LA PAIX DE TON AMOUR (D 87)

1
Nos fautes nous séparent,
ta grâce nous unit  ;
la joie de ta victoire
éclaire notre nuit.
2
Tu es notre espérance
parmi nos divisions ;
plus haut que nos offenses
s’élève ton pardon.

3
Seigneur, vois la misère
des hommes affamés.
Partage à tous nos frères
le pain de l’unité.
4
Heureux le cœur des pauvres
qui cherchent l’unité !
Heureux dans ton royaume
les frères retrouvés !

5
Fais croître en notre attente
l’amour de ta maison ;
l’Esprit dans le silence
fait notre communion.
6
Ta croix est la lumière
qui nous a rassemblés :
O joie de notre terre,
tu nous as rachetés !


Kyrie eleison

Gloire à Dieu au plus haut des cieux
Et paix sur la terre aux hommes qu’il aime


1ère Lecture: Exode (XXIV, 3-8)

Dieu attend que nous mettions en pratique ses paroles de vie

Psaume :

Magnifique est le Seigneur
tout mon cœur pour chanter Dieu
Magnifique est le Seigneur

2ème Lecture: (Lettre aux Hébreux IX, 11-15)

Purifiés par le Sang du Christ, nous partageons déjà avec lui l’héritage éternel.

ALLELUIA

Évangile : (Saint Marc XIV, 12-16, 22-26)

Jésus se donne totalement, Corps et Sang, à ceux avec qui il partage son dernier repas.

Credo : Je crois, Seigneur, tu es source de vie (L 79)


Prière Universelle : SOUVIENS-TOI, SEIGNEUR, DE TON AMOUR


Communion : La nuit qu’il fut livré ( C 3 )

1
La nuit qu’il fut livré, le Seigneur prit du pain ;
en signe de sa mort, le rompit de sa main :
« Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne
afin de racheter tous mes frères humains. »
2
Après qu’il eut soupé pour la dernière fois,
s’offrit comme victime au pressoir de la croix :
« Mon sang, versé pour vous, est le sang de l’Alliance ;
amis, faites ceci en mémoire de moi. »
3
Et nous, peuple de Dieu, nous en sommes témoins :
ta mort, nous l’annonçons par ce pain et ce vin.
Jésus ressuscité, ton Eglise t’acclame, vainqueur, passé du monde à la gloire sans fin!
4
Tu viens revivre en nous ton mystère pascal :
éteins en notre chair le foyer de tout mal.
Nous sommes tes sarments, sainte vigne du Père :
fais-nous porter du fruit pour le jour triomphal.
5
Seigneur, nous attendons ton retour glorieux :
un jour tu nous prendras avec toi dans les cieux.
Ton corps est la semence de vie éternelle :
un jour tu nous prendras à la table de Dieu.


Chant final: Peuple choisi (K 64)

Dieu fait de nous en Jésus Christ des hommes libres ;
tout vient de lui, tout est pour lui : qu’il nous délivre !


1
Peuple de Dieu, reçois de lui ta renaissance :
Comme un pasteur il te conduit où tout est grâce.
2
Peuple habité par son Esprit, heureuse Église,
la voix du Père t’a choisi : maintiens son signe !
3
Peuple choisi pour annoncer une espérance
montre ton Christ : il t’a chargé de sa présence.
4
Peuple choisi pour témoigner de l’Évangile,
laisse sa vie te ranimer aux sources vives.
5
Peuple choisi pour devenir un peuple immense,
monte au calvaire ou doit mourir ta suffisance.
6
Peuple choisi pour être un feu au cœur du monde,
passe au plus bas, fais comme Dieu: n’aie pas de honte.
7
Peuple choisi pour son festin et pour la Pâque,
ne goûte plus qu’au vrai levain de ses passages.

Gloire à Jésus, maître de tout, roi de la terre !
Gloire au Messie qui fait de nous un peuple prêtre !


Arrestation de l’Abbé Bornet

L’arrestation de l’Abbé Bornet eut lieu le mercredi 31 mai 1944, aux alentours de 13 heures.

Elle semble avoir été menée très rapidement : moins d’une demi-heure en tout entre l’arrivée du convoi dans le haut du bourg et son départ vers Nevers au hameau de l’Échenault.

Son mode opératoire et son déroulement indiquent clairement deux choses :

Les auteurs de cette arrestation ne souhaitaient pas « s’éterniser » sur place, ce qui est un révélateur de l’insécurité ressentie par l’occupant dans l’environnement montagnard du haut Morvan à cette époque.

Pour cette raison, l’arrestation semble avoir été très soigneusement préparée, presque minutée, ce qui implique un bon niveau d’information en amont.

Ce dernier point peut impliquer l’intervention d’informateurs connaissant les habitudes de l’Abbé Bornet. Il est possible d’en déduire que cette opération revêtait une certaine importance pour l’occupant. Elle a été conçue pour aboutir, bien sûr, mais également pour obtenir un résultat : l’obtention de nouvelles informations rendue possible grâce à ces arrestations.


On peut aussi noter que les témoignages ci-dessous laissent très fortement entendre que l’Abbé Bornet savait qu’il était directement menacé : il avait fait savoir, à plusieurs reprises, dans les derniers jours du mois de mai 1944, à des enfants qui attendaient leur communion, qu’il ne pourrait pas assurer ces cérémonies ou leur préparation.

Joseph Loiseau, de Saint-Prix se souvient en effet : « C’est donc en 1944, en revenant du catéchisme, qu’il me dit : “Tu sais, je ne pourrai pas te faire communier”, mais sans me dire la raison. »

Il avait également déclaré à Madeleine Chauvin Roguet : « Vous n’aurez peut-être pas trois jours de retraite. » Aux questions des enfants qui ne comprenaient pas, il répondit : « Mes enfants, vous ne savez pas ce qui se passe… »

Quelques jours plus tard, il était arrêté…


Sachant donc très certainement cela, et l’anticipant par conséquent, il n’avait pas changé ses habitudes ni ses occupations, en toute connaissance de cause. C’est donc avec une quasi-certitude que l’on peut affirmer qu’il avait compris et accepté ce qui se préparait, si bien qu’il a conservé sa manière habituelle de vivre, et que c’est ce qui a permis à l’opération militaire du 31 mai d’être une réussite pour les forces d’occupation.


Voici un récit qu’il est possible de faire de cette arrestation à partir des témoignages des enfants qui étaient présents et de diverses sources contemporaines de l’événement.

Ce mercredi 31 mai 1944 était une journée très ensoleillée, ordinaire et a priori paisible pour le village de Glux-en-Glenne, malgré les tensions qui devenaient de plus en plus palpables, à quelques jours du débarquement des Alliés en Normandie, et qui préfiguraient le grand basculement qui était sur le point d’advenir en France et en Europe.

C’était l’heure du déjeuner, un jour d’école, il était une heure moins le quart, c’est à cet instant précis que l’opération a débuté pour les habitants de Glux.

Certains enfants qui habitaient trop loin pour rentrer chez eux pour le repas étaient restés à l’école, située dans le haut du village, pour manger sur place, chacun ayant apporté son panier. Ce sont eux qui, les premiers, ont vu les Traction arriver de Nevers par la route d’Anverse.

Parmi ces enfants, Madeleine Chauvin Roguet se souvient : « Nous avions juste terminé le déjeuner du midi. Nous étions assis sur le mur, quand soudain, nous avons vu apparaître les voitures allemandes qui défilaient à toute vitesse. »

Cette arrivée par le haut du bourg, alors que la cure se trouvait dans le bas du village, indique une connaissance précise des lieux et une volonté d’agir par surprise et avec rapidité tout en pouvant se dégager facilement, en cas de besoin, par le bas du village, dans le sens de la descente. Il est à noter, qu’à l’époque, beaucoup de routes n’étaient pas goudronnées, ce qui était le cas de celle qui venait d’Anverse.

L’opération était donc conçue pour être rapide, précise et efficace, et pour présenter pour ses auteurs le moins de danger possible.

À 12 h 45, selon un courrier de l’Abbé Montaillet, les soldats ont sauté des voitures avant même qu’elles ne s’arrêtent au bas du village, encerclant immédiatement la cure et la maison voisine d’Émile Blanchot.

Une mitrailleuse fut installée au carrefour au-dessus de la cure et des sentinelles armées postées pour empêcher quiconque de s’approcher ou de s’enfuir des maisons concernées.

Des enfants déjeunaient dans certaines maisons du bourg, ils avaient eux aussi leur panier. Il faut dire qu’il y avait beaucoup d’enfants à l’époque dans la commune.

Quelques enfants étaient présents à la cure, avec leurs paniers, pour déjeuner. Parmi eux, Georges Michaud de qui proviennent les détails suivants rapportés par l’Abbé Alexandre le 13 juin 2004 à l’occasion du 60e anniversaire de la mort de l’Abbé Bornet :

« Tout à coup, la maison est cernée par des soldats allemands. L’Abbé Bornet, ancien officier, comprend tout de suite la gravité de la situation. Il recommande aux enfants : “Surtout, ne bougez pas !” »

Roger Baret, dans la maison voisine, se souvient :

« Nous déjeunions chez le voisin de l’Abbé Bornet, M. Émile Blanchot, arrêté le même jour. Les deux enfants de M. Blanchot, Pierrot et moi-même, nous avons été priés de sortir dehors, puis les Allemands nous ont plaqués le long du mur longeant la route, les visages tournés contre le mur, les mains en l’air. Avec une grande frayeur, nous étions entourés par les Allemands armés de leurs mitraillettes. Les minutes semblaient trop longues, le plus jeune enfant et moi-même avons pris le risque de fuir, nous avons regagné l’école à toute allure, par les prés voisins. »

Présente elle aussi dans la maison d’Émile Blanchot, la sœur de Roger, Raymonde, plus âgée et très marquée par l’événement, précise :

« Nous étions quatre enfants à déjeuner, Pierrot, Robert, les enfants d’Émile, moi et mon frère. Nous avons été saisi d’une grande frayeur quand les militaires allemands ont pénétré dans la maison. Nous avons été priés de sortir, puis ils nous ont plaqués le long du mur longeant la route, obligés à maintenir les mains en l’air, entourés par les Allemands, armés de mitraillettes.
L’atroce calvaire pour moi est resté inoubliable, ce qui m’avait encore plus effrayée, c’est quand j’ai vu sortir M. Blanchot, les mains derrière la tête avec les soldats en armes, je sentais mes jambes flageoler. »

Les deux plus jeunes enfants avaient pris le risque de fuir. Pierrot et Raymonde avaient réussi à tenir jusqu’à la fin de l’arrestation.

Irène Fourcroy Sekulova avait mangé chez elle, à Villechaise, et retournait à ce moment-là à l’école, elle raconte :

« Le jour de son arrestation, nous allions à l’école, nous avons vu les Allemands à proximité du presbytère emmenant notre cher curé. C’était la panique et une grande tristesse. »

Monique Davaut était dans le bourg :

« J’étais à Glux, employée à la distribution des tickets de ravitaillement quand nous avons vu descendre les camions d’Allemands qui se sont dispersés dans le bourg. C’est le maire, M. Thomas, qui s’est étonné de voir les soldats en armes. »

Yvonne Joyeux Férard déjeunait avec ses frères et sœurs chez Mme Devillechaise, à quelques mètres du presbytère :

« Tout de suite nous avons été alertés par la présence de soldats allemands entourant le presbytère, nous avions aussi reçu le signal de ne pas sortir, cela pouvait être tragique. »

Roger Marceau, qui remontait le chemin à côté de la cure avec son père, accompagné de Jean-Marie Berthier, cultivateur qui revenait de travailler de ses champs, raconte :

« Nous revenions de la forêt où nous avions été préparer la provision de bois pour l’hiver.

Quand soudain nous avons été surpris de voir les soldats en armes entourer le presbytère. J’étais jeune, et on m’a prié de rester au milieu de mon père et le voisin, car si les hommes de l’ombre (la Résistance) qui, sans doute, rôdaient dans la forêt voisine, si la rencontre avait lieu, cela aurait pu être tragique. »

Tout cela s’est passé en quelques minutes, ces témoignages sont donc presque simultanés.

L’Abbé Montaillet indique dans le même courrier que l’officier, suivi de son interprète, était entré dans la cure et avait procédé à l’arrestation.

« On ignore ce qui s’est passé, la bonne ayant fui le presbytère. 1 heure. L’Abbé Bornet, une musette à l’épaule et en manteau quitte sa chère maison. Il aperçoit sa bonne, lui dit : “Au revoir, Jeanne”, embrasse quelques enfants qui pleuraient et c’est le départ. »

Yvonne Joly précise : « À son départ précipité du presbytère, il confie son petit chien Poutiou à sa servante, Jeanne Cloix en ajoutant qu’il saurait se taire. »

Cette opération visait principalement l’Abbé Bornet, sans équivoque, mais elle concernait également d’autres personnes, et en premier lieu Émile Blanchot, ami et voisin de l’Abbé.

Lui aussi fut emmené à Nevers, puis à Chalon-sur-Saône où il fut fusillé le 22 juin 1944. Son rôle dans la Résistance relevait principalement, semble-t-il, du ravitaillement des maquis.

Philippe de Verclos, alors âgé de 17 ans, semblait également visé par cette rafle. Questionné par les soldats allemands qui le recherchaient dans le bourg, il eut la présence d’esprit de répondre avec l’accent morvandiau, ce qui lui permit d’échapper à une arrestation, les soldats ayant a priori peu de temps à consacrer à des investigations plus poussées.

Le convoi repart alors sans attendre pour Nevers en empruntant la route qui mène à l’Échenault et au Beuvray par le bas du village.

Thérèse Portrat, qui habitait dans ce hameau, raconte les derniers instants de l’Abbé Bornet à Glux, près de la croix de l’Échenault :

« Journées de grande inquiétude dans la région. Notre maison est située au hameau de l’Échenault, en bordure de route. Nos portes de communication avec l’extérieur se trouvent en hauteur au sommet d’un balcon avec de nombreuses marches.

Ce jour je me trouvais donc à l’extérieur, ce qui m’avait permis de voir les Traction avant comme on les appelait à cette époque. Tout d’abord j’ai été surprise de voir défiler ces voitures noires.

Une première, dans la deuxième j’ai très bien reconnu l’Abbé Bornet, au centre, entouré par les soldats allemands, puis une troisième et une quatrième avec sans doute son voisin, M. Blanchot Émile, arrêté ce même jour.

Cela se se passait aux alentours de midi. Mes parents avaient une scierie située au pied du mont Beuvray, tout près de la forêt. Les ouvriers employés par mon père venaient pour le déjeuner, les voitures allemandes les ont croisés.

Ils ont été surpris de les voir ralentir. L’un d’eux à pu entendre leur conversation : “Qui sont ces gens-là ?”, il a entendu la réponse donnée par le prêtre, il leur a dit : “Ce sont des ouvriers qui viennent de la scierie.” »

Est-ce qu’ils avaient la crainte de rencontrer des maquisards à proximité de la forêt ? Car c’est à peu près sûr qu’il y en avait.

Après cette conversation, ils ont poursuivi leur chemin en prenant la route longeant le mont Beuvray. »

Signe d’une tension générale, Lucien et Joseph Blanchot, dans le centre du bourg, s’étaient précipités dans une ouche en contrebas de leur maison pour se dérober à la vue des soldats.


Dans ces faits émerge un point important, qui est le contraste entre :

  • d’une part, cette tension ambiante, générale, ressenties aussi par les auteurs de l’arrestation, pressés d’en finir et aux aguets, la panique et l’effroi compréhensibles des témoins, notamment les jeunes enfants ;
  • et d’autre part le calme de l’Abbé Bornet qui, en premier lieu pense à la sécurité des enfants au moment où les soldats font irruption, puis les rassure et embrasse ceux qui pleuraient au moment du départ, dit simplement « au revoir » à sa bonne et lui confit son fidèle petit chien Poutiou en ajoutant avec un certain humour : « Il saura se taire », et qui répond enfin calmement à ses ravisseurs qui, inquiets, le questionnent, et les rassure à leur tour sur les gens qui venaient du pied du Beuvray.

À aucun moment, il ne semble manifester de nervosité ou de stress, ni de surprise par la tournure que prennent les événements. Il semble toujours, au contraire, être maître de lui-même, conscient et comprenant parfaitement ce qui arrive, ce qui se traduit notamment par la grande attention qu’il porte alors aux autres, enfants et adultes.

Cette situation montre qu’il était et s’était préparé à cet évènement : moralement, par l’engagement de toute sa vie, et psychologiquement, par la connaissance de certaines informations sur ce risque précis.


Le convoi prend alors la route qui longe le Beuvray pour retourner à Nevers par un autre chemin, ce qui confirme le caractère très planifié de l’opération.


Ce chemin, il le pressent certainement déjà, le mènera à un double sacrifice et à un double martyre, celui de la Foi et celui de la Résistance, tout deux profondément liés par l’amour du prochain.

Sources :
En cours : témoignages, lettre de l’Abbé Montaillet
Documents (photographies et cartes)

2004.06.13 – 60ème Anniversaire de la mort de l’Abbé Camille BORNET

SAINT PRIX SOUS BEUVRAY
Dimanche 13 Juin 2004

60ème Anniversaire de la mort de
l’Abbé Camille BORNET
Curé de GLUX & de SAINT PRIX

En cette année 2004, nous célébrons le 60ème Anniversaire d’évènements qui ont marqué notre histoire et, pour quelques uns d’entre nous, notre vie.

Nous sommes là, aujourd’hui, dans cette église de SAINT PRIX pour faire mémoire de la mort de l’Abbé Camille BORNET, Curé de GLUX et de SAINT PRIX.

Merci d’être venus, nombreux.

Merci à Madame VOBMANN, Maire de GLUX et aux membres de son Conseil Municipal.
Merci à Monsieur Octave MONCHARMONT, Maire de SAINT PRIX et aux membres de son Conseil Municipal.

Merci à vous tous.


L’Abbé Camille BORNET

Né à CHAMPLEMY (Nièvre) le 24 Avril 1896.

Ordonné Prêtre à NEVERS le 20 Décembre 1924.
Nommé Vicaire de DECIZE.
Nommé Curé de GLUX et de SAINT PRIX en Octobre 1930.

Mobilisé en 1914. Fait prisonnier.
Mobilisé en 1939, comme Capitaine de Réserve. Fait prisonnier.
Libéré en 1941.

Dans le courant de l’été 1941, il retrouve ses Paroisses de GLUX et de SAINT PRIX.
Il va s’intéresser aux réseaux de Résistance qui commencent à s’organiser dans le Morvan.

La Communion Solennelle, le jour de la Pentecôte, 28 Mai 1944, sera sa dernière célébration à SAINT PRIX.

Mercredi 31 Mai 1944. Il est midi.
Quelques enfants se retrouvent à la Cure, avec leurs paniers, pour déjeuner.

Tout à coup, la maison est cernée par des soldats allemands.

L’Abbé BORNET, ancien officier, comprend tout de suite, la gravité de la situation.
Il recommande aux enfants : « Surtout, ne bougez pas ! ».

(Ces détails m’ont été rapportés par un témoin, Georges MICHAUD, qui faisait partie du petit groupe d’enfants en train de déjeuner à la Cure ; J’ai bien connu Georges MICHAUD, Agent Municipal à LAROCHEMILLAY ; Maintennant décédé).

L’Abbé BORNET est alors arrêté et conduit à NEVERS.

Quelques jours plus tard, il est transféré à la prison de CHALON SUR SAONE où, à la suite de mauvais traitements, il meurt le 9 Juin 1994.

Nous pouvons lire, dans la Semaine Religieuse de NEVERS, 30 Juin 1945, Page 59 :

« Ainsi finit dans une cellule de CHALON, le 9 Juin 1944, un prêtre nivernais, coupable d’avoir porté le Bon Dieu dans les bois à de jeunes patriotes français.

Tout le Clergé de la ville, prévenu discrètement, se rendit aux obsèques, qui furent aussi solennelles que le permettaient les circonstances.

Monsieur le Provicaire de la ville et Monsieur l’Aumônier informèrent son Excellence
Monseigneur FLYNN.

Que ces Messieurs et les Religieuses de l’Hôpital qui ont fait la toilette funèbre, veuillent bien trouver ici les remerciements émus du clergé nivernais. »

L’année suivante, après les démarches entreprises, le 13 septembre 1945, son corps sera accueilli triomphalement à GLUX et déposé dans l’église.

Personnellement, mobilisé à cette époque, une permission spéciale me fut accordée pour participer aux funérailles de mon Curé.

Tous les témoins ont conservé un souvenir ému de cette cérémonie de funérailles.

En 1990, à l’initiative de Jacques CROZATIER, la Place de l’église à GLUX lui fut dédiée et une Stèle fut érigée.

La Stèle fut bénie le 9 Juin 1990 par Monseigneur MOUTEL, Evêque de NEVERS.

Aujourd’hui, après 60 ans, ceux qui ont connu l’Abbé BORNET partagent la même émotion.

Il nous appartient d’être les gardiens de sa mémoire.

Ensemble, en ce jour de fête, nous rendons grâce pour le témoignage de foi, de service, de don de soi qu’il nous a donné.


Homélie

Comme chaque Dimanche, Dieu nous convoque en sa Maison. Il nous invite à partager sa Parole et le Pain de l’Eucharistie.

C’est pour nous, pour l’Église entière, un jour de joie, un jour de grâce.

Cette année, en cette église de SAINT PRIX, ce Dimanche de la Fête-Dieu sera, par excellence, un jour de mémoire :

  • Mémoire du Christ qui nous dit : « Vous ferez cela en mémoire de Moi »
  • Mémoire d’un d’un prêtre, ministre de l’Eucharistie, qui a servi son Dieu et son pays jusqu’à la mort.

Pour moi, c’est un jour de mémoire à un titre exceptionnel ; l’Abbé BORNET a été mon Curé et je suis son successeur.

Il a été le Curé de mon enfance et de mon adolescence.
Il m’a enseigné le catéchisme.
Il m’a préparé à la Communion solennelle, à la Confirmation.
Il a fait les démarches nécessaires pour mon entrée au Séminaire.

Quelques temps avant d’être arrêté, alors que j’étais moi-même un réfractaire au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire), il m’adressait une lettre dans laquelle il me disait toute son affection. Il m’invitait à vivre ce qu’il vivait lui-même ; il m’encourageait à la générosité, à la confiance, à vivre dans la joie de servir.

« Les renoncements, petits et grands, nous valent les bénédictions du Maître qui nous a donné l’exemple » écrivait-il.

Maintenant, avec le recul du temps, avec mon expérience personnelle, je comprends mieux la valeur de sa vie.

L’Abbé BORNET a été un prêtre de son temps, un homme de Dieu parmi les hommes ;
Il a incarné, parmi nous, au cœur de notre Morvan, au cœur de son époque, ces valeurs permanentes qui font la richesse d’une société et la noble grandeur de la vie :

  • L’amour de son pays
  • Le don de soi jusqu’à la mort
  • Le dévouement pour ses frères.

A la source de tout, une foi profonde qui met sur le chemin du service.

L’Abbé BORNET était un homme ouvert. Il se serait senti à l’aise avec les orientations du Concile Vatican II.

En ce jour de la Fête-Dieu, il est bon de nous rappeler qu’il fut un prêtre profondément attaché à l’Eucharistie. Il soulignait l’importance de la Messe, de la Communion.

Dans ses homélies, il invitait les paroissiens de DECIZE et, plus tard, ceux de GLUX et de SAINT PRIX, à communier plus souvent. (A cette époque, les communions étaient rares).

J’aime aussi rappeler les initiatives qu’il prenait pour que le Dimanche soit le Jour du Seigneur. Quand il ne pouvait pas venir à SAINT PRIX (mauvais temps, hiver, périodes militaires) il nous faisait organiser, déjà à cette époque, des célébration dominicales (sans prêtre).

Sur ce point, les paroissiens de GLUX et de SAINT PRIX, ont été des « pionniers ».

L’Évangile nous rappelle que le Christ nous a donné l’Eucharistie pour que nous soyons des vivants.

L’Abbé BORNET situait sa vie sacerdotale et pastorale dans la lumière de ce don du Christ.

Dans ses « Notes spirituelles », il écrit :
« Seigneur, je veux faire vivre les autres de vous ».

Cela, il l’a fait pour nous soutenir dans la vie.

Il l’a fait pour soutenir les Résistants ; il leur rendait visite, portait la Communion dans les Maquis.

Il savait qu’en faisant cela, il risquait sa vie.

Mais il l’a fait, sans démission, jusqu’au don total de sa vie.

En faisant mémoire de lui aujourd’hui, en célébrant l’Eucharistie, prions pour qu’il nous aide à vivre dans la générosité du cœur, dans la joie de servir, à être , en notre temps, des témoins de foi, d’amour et de paix.

Marcel ALEXANDRE

Après la Messe, nous nous sommes retrouvés pour partager le « Verre de l’amitié » offert par la Municipalité. Ce fut l’occasion d’échanger d’émouvants souvenirs.


Fiche de renseignements militaires de Camille Bornet

Ministère
de la Défense

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

NOM : BORNET

PRÉNOMS : Camille, Philippe

né le 24avril 1896 à Champlemy

Grade : Capitaine

FICHE DE RENSEIGNEMENTS


1944.06.03 – Lettre de l’Abbé Bornet écrite à la prison de Nevers, adressée à sa gouvernante Jeanne Cloix

lettre écrite à la prison
de Nevers le 3 juin 1944

Adressée : à sa gouvernante
Jeanne Cloix à Glux (Nièvre)

Je suis victime dénonciation grave et mensongère
aggravée par déposition fausse (Émile).

Mettez-vous en relation avec Monsieur Pabion (?)
industriel, 5, rue du sort à Nevers, pour me faire parvenir
prison Nevers, linge et ravitaillement
pas mettre tabac, ni rien à cuire – mais beurre
fromage, miel, sucre, rillette, griaude, salé
gâteaux, pain, avons droit 3 colis par semaine
de 3 kg chaque.

Faites mon secrétaire pour argent.

Si malheur arrive il y a testament pour mère.
que volonté de Dieu soit faite, suis courageux
dans souffrances et prévisions – Écrivez à maman –
dites-lui ma tendresse infinie. Bonjour à tous

Pouvez m’écrire, mais que de temps en temps
dépensez ce que vous voudrez.

Ravitaillez largement si possible pour camarades
malheureux.

Meilleurs sentiments
C. B.


1945.10.01-Les obsèques de l’Abbé Bornet – Notre clocher – Bulletin paroissial de St Prix et Glux n°1 – octobre 1945

Les obsèques de l’Abbé Bornet

Le jeudi 19 septembre 1945, près de 2 000 personnes, venues de Glux, Saint-Prix, Villapourçon, Château-Chinon, Arleuf, Decize et d’ailleurs, accompagnaient à sa dernière demeure, Monsieur l’abbé Camille Bornet, Curé de Glux et de Saint-Prix.

Massacré par les Allemands, dans la prison de Chalon-sur-Saône, 9 juin 1944, après 10 jours de traitements plus barbares les uns que les autres, il reposait, depuis ce temps, dans le caveau des Curés de Chalon, attendant qu’on puisse le ramener dans sa chère paroisse.

Son cercueil aurait dû être déposé le 12, au soir, dans l’église de Saint-Prix, où l’on avait prévu un office funèbre, une veillée et un service de Sépulture, puis conduit à Glux où devait se dérouler la grande cérémonie finale. Des circonstances, indépendantes de notre volonté, ont empêché la réalisation de ce programme, et ce n’est que le 13, à 11 h 1/2, que le corps arrivait à Glux, accueilli par Monsieur le Curé de Saint-Prix, entouré d’une trentaine de prêtres nivernais et autunois.

Le cercueil, précédé du drapeau des Anciens Combattants, fut porté par les combattants et les prisonniers, qui rendaient ainsi hommage à ce Prêtre, capitaine et prisonnier des deux guerres, décoré de la Croix de Guerre 1914-1918.

Après les premières prières, la Messe de Sépulture commençait, présidée par Leurs Excellences Nos Seigneurs les Évêques de Nevers et d’Autun, célébrée par Monsieur l’Archiprêtre de Château-Chinon, assisté de son Vicaire et de Monsieur le Curé de Montigny et chantée avec âme par les chœurs de chant de Glux et de Saint-Prix, auxquels les Prêtres présents mêlaient leurs voix graves et émues.

À l’issue du Service, Monseigneur de Nevers montait en chaire pour rappeler les souffrances endurées par le cher défunt, flétrir la barbarie de ses assassins et prêcher le dernier sermon du Pasteur revenant pour toujours au milieu de ses ouailles. Sermon émouvant qui fit couler bien des larmes, Paroissiens de Glux et Saint-Prix, écoutez-le, retenez-le, laissez le couler dans vos cœurs et dans vos âmes ; il vous dit : « Aimez-vous les uns les autres. »

Après l’absoute, donnée par Monseigneur de Nevers, la foule s’écoulait, recueillie et remuée par cette cérémonie imposante et touchante. Quelques instants plus tard, Monsieur le Curé procédait, dans l’intimité, à l’inhumation de son prédécesseur qui repose maintenant et jusqu’à la résurrection finale, dans l’église qu’il avait fait restaurer, embellir, et à laquelle il avait donné tous ses soins.

Cher Abbé Bornet, nous offrons notre sympathie à votre famille, meurtrie par votre disparition ; et sur votre tombe, nous faisons le serment de toujours nous souvenir. Oui, vous vivrez dans nos mémoires et dans nos cœurs ; nous apprendrons à nos enfants à vénérer celui qui mourut pour Dieu et pour la France. Et, pour nous, nous vous implorons, victime pitoyable, afin que nos âmes reçoivent les bienfaits de votre sacrifice. En souvenir de votre dernière Messe sanglante, de votre calvaire de 10 jours, de votre agonie de 48 heures sur le pavé nu de votre cellule, nous vous en prions, vous qui nous avez tant aimés, faites que nous entendions et pratiquions votre dernier sermon, faites que nous nous aimions les uns les autres ; du haut du ciel, veillez sur nous, aimez-nous encore, et faites qu’un jour nous nous rejoignions sur le Cœur du Maître, dans l’Éternelle charité.

NOTRE CLOCHER – Bulletin paroissial de
Saint-Prix et de Glux
1ère année N°1 – Octobre 1945


1944.06.17-Lettre de l’aumônier de l’hôpital de Chalon au Vicaire Général de Nevers

Chalon-sur-Saône le 17 juin 1944

Monsieur le Vicaire Général,

C’est avec un empressement ému et fraternel que nous avons rendu les derniers devoirs à la triste dépouille mortelle du pauvre Monsieur l’Abbé Bornet. Il y a huit jours aujourd’hui au matin qu’on portait le pauvre victime à la mort de l’hôpital.

Je me disposais à accompagner un mort au cimetière. Je m’en fus tout de suite reconnaître le cadavre.

À la soutane et à la douillette qui avait été jetées sur lui, je reconnus tout de suite que c’était bien le cadavre d’un ecclésiastique. Mais pas un seul papier qui pu nous dire quel était ce prêtre.

Je fis immédiatement prévenir la Mère Supérieur de l’hôpital, qui, vous le devinez bien, avec tout le respect et tout le dévouement que l’on peut déployer en pareille circonstance, procéda avec une autre religieuse à la toilette mortuaire du pauvre abbé.

Au retour du cimetière, je m’en fus directement au Pompes funèbres, car c’étaient elles qui l’avaient apporté à la morgue. Monsieur le Directeur devait certainement posséder les renseignements voulus. C’est par lui que j’appris que le défunt était M. l’abbé, Camille Bornet.

Je rentrais aussitôt à l’hôpital et par téléphone mandais à M. le Provicaire de vouloir bien venir à l’hôpital ou bien d’envoyer un de ses vicaire pour une communication urgente et très importante.

Ce fut l’abbé Rob, précédemment secrétaire particulier de Mgr Lebrun, qui vint et qui nous dit qu’il connaissait de nom un Monsieur l’abbé Bornet, curé de Glux et desservant en même temps la paroisse de Saint-Prix, et que ce pourrait bien être lui qui était là étendu sur cette froide pierre de la morgue. Hélas ! C’était bien lui.

Monsieur le Vicaire Général, vous connaissez le reste par la lettre de M. le Provicaire de Saint-Vincent.

Monsieur l’abbé eut des honneurs et des obsèques dignes de son sacerdoce et de son sacrifice.

Et si une publicité plus étendue eut été possible, c’est toute la ville de Chalon qui eut pris part aux funérailles du prêtre, du prisonnier tombé pour son pays.

La cathédrale de Saint-Vincent aurait été trop petite pour contenir la foule pour témoigner de son respect et de sa compatissante sympathie. Mais nous, prêtres de Chalon, nous étions tous présents.

Nous comprenons, Monsieur le Vicaire Général, votre profonde tristesse et celle de son excellence Monseigneur l’Évêque de Nevers. L’épreuve ne pouvait guère être plus dure pour un cœur d’Évêque.

Il ne m’est malheureusement pas possible de vous fournir d’autres renseignements sur la fin tragique du pauvre abbé.

Mais, pour avoir passé moi-même par la même épreuve, je sais par expérience tout ce que l’on peut souffrir dans un cachot.

Le bon Dieu, s’y fait sentir par des grâces extraordinaires, des grâces qu’il ne refuse à personne, surtout pas à un prêtre.

Donc il faut chercher ailleurs d’autres explications à pareille fin. Monsieur le Vicaire Général me comprendra aisément.

Laissez-moi vous dire encore une fois combien mon émotion fut grande devant le cadavre et la figure couverte de sang du pauvre abbé Bornet, et combien ces jours-ci j’ai prié pour ce cher confrère dans le sacerdoce le Cœur de Jésus si bon, si compatissant, si miséricordieux pour ses Prêtres.

Veillez agréer, Monsieur le Vicaire Général, l’hommage de mon plus profond respect, en même tant que celui de mes sympathies les plus attristées.

Chouard (?)
Aumônier
Hôpital
Chalon/S.


1944.06.15 – Lettre Jean de Verclos à l’évêque de Nevers

Glux 15/6/44

Monseigneur

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la mort de Monsieur l’Abbé Bornet.

Cette triste nouvelle nous avait été rapportée déjà hier par ma fille, qui venait de passer à Saint-Gildard et aujourd’hui votre lettre nous en apporte la triste confirmation. Un de mes neveux a eu quelques précisions à l’évêché d’Autun. C’est par une autorisation spéciale de la Kommandantur, que l’aumônier de Chalon a pu téléphoner cette nouvelle.

L’Abbé Bornet aurait été trouvé étranglé lundi matin. Ce n’est pas la première fois que cela se produit à la prison de Chalon…

La population de Glux est très impressionnée par ce décès, car notre curé était extrêmement charitable et très aimé par tout le monde – il n’avait pas d’ennemis et pour beaucoup sa disparition sera une grosse peine.

Une de mes sœurs qui se trouve à Paris nous écrit, ne sachant pas encore ce décès, qu’on lui a parlé d’un religieux qui aurait besoin de se reposer et pourrait peut-être venir à la campagne. Cela pourrait-il vous aider à assurer le service paroissial de Glux ? Dans l’affirmative de quelle façon faut-il procéder ?

Veuillez recevoir, Monseigneur, l’expression de mon respectueux dévouement.

Jean de Verclos


Note : rép. 21/6/44

1944.06.10 – Lettre du curé de Saint-Vincent au vicaire général de Nevers, annonçant le décès de l’Abbé Bornet

Diocèse d’Autun
Église Cathédrale
de Saint-Vincent
Chalon-sur-Saône

Chalon, le 10 juin 1944


Monsieur de le Vicaire Général,

J’ai l’honneur de vous informer et la douleur surtout de vous annoncer, que M. l’Abbé Camille Bornet, né en avril 1896 à Champlemy – Nièvre, enfermé à la prison de Chalon, est décédé hier 9 juin à 23 h. La feuille délivrée par la prison allemande porte qu’il est mort de strangulation. Son corps est transporté à l’hôpital. Les funérailles auront lieu, je pense, mardi matin. Je ferai mon possible pour que son corps soit déposé à la cathédrale en attendant.

Je vous en avertis, parce que je suppose, d’après ce que me dit mon vicaire M. l’abbé Rob, que ce prêtre devait être curé de de Glux, au diocèse de Nevers.

Je ne sais depuis combien de temps il était à Chalon, ni pourquoi.

Je vous serais reconnaissant de me dire si ce prêtre est de votre diocèse et de faire le nécessaire pour avertir sa famille.

Veuillez agréer, Monsieur le Vicaire Général, l’expression de mes respectueux, sentiments.

Thiereau
curé de Saint-Vincent


Carême 1931 – Mes bien chers frères

Paroisse de Glux


Carême 1931


Faire son salut, c’est-à-dire : aller au ciel pour y jouir de la récompense promise à ceux
qui ont fait le bien ici-bas, quelle importante question ! Y pensons-nous sérieusement ?

La multitude des soucis matériels nous empêche d’arrêter longuement notre esprit à ces graves problèmes d’une éternité heureuse ou malheureuse ! Il faut travailler, il faut vivre, et c’est légitime ; mais encore l’incrédulité, le relâchement de la morale, souvent la sottise ferment nos oreilles à la vérité chrétienne, nos yeux à la lumière divine, c’est désastreux !

Et cependant, mes frères, nous avons une âme ; une âme dont les besoins de connaître et d’aimer jamais satisfaits appellent un Dieu infini ; une âme qui est faite pour Dieu, pour le ciel, pour l’éternité. Et alors il faut tout de même, il faut surtout penser à cette âme.

Le prêtre, placé dans votre paroisse comme un pasteur vigilant au milieu de son trou-peau, a pour mission spéciale de vous conduire à Dieu par la sanctification de vos âmes. Il vous doit de vous aider dans l’affaire de votre salut. C’est le grand, l’unique souci de votre curé.

Or, mes frères, le carême, temps de pénitence et de prière, nous invite plus particulière-ment, pasteur et fidèles, à sortir de notre torpeur, à quitter nos occupations temporelles, à élever nos âmes vers Dieu, à prier, à réfléchir, à penser à notre âme, en un mot à travailler à notre salut.

Pour vous aider dans cette tâche difficile, votre curé a décidé (indépendamment des exercices à l’Église paroissiale) d’organiser des prières du soir dans les villages, selon le programme ci-joint.

Mes frères, vous y viendrez nombreux, vous y viendrez tous, les hommes et les jeunes gens surtout. Ensemble, comme en famille, nous prierons ; ensemble nous repasserons les grandes vérités de notre sainte religion, nous réveillerons cette vieille foi qui demeure malgré tout au fond du cœur de tout homme, nous ranimerons cette espérance qui le maintient dans le devoir et le porte dans la douleur ; notre cœur se laissera prendre à l’amour régénérateur de notre Dieu.

Et puis, mes frères, aux offices de la Semaine Sainte, le jeudi et le vendredi soir, à votre tour vous descendrez ou vous monterez de vos villages à votre église : vous rendrez à notre Seigneur la visite qu’il vous aura faite par son prêtre.

Nous donnerons à ces cérémonies le plus bel éclat possible afin de toucher vos cœurs ; et ce carême qui se clôturera magnifiquement, je l’espère, par la fête de Pâques, aura été vraiment un réconfort pour vos âmes, une consolation pour votre curé, et une source de bénédictions pour notre chère paroisse.

Agréez, mes bien chers frères, l’assurance de mes sentiments tout dévoués.

Votre Curé,
C. BORNET