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2014.08.01 – Hommage rendu à l’abbé martyr

Commémoration 1944 : hommage à l’abbé Bornet arrêté par la Gestapo de Nevers

Avant que la fête des myrtilles batte sont plein, la commune la plus haute Bourgogne rendra hommage à Camille Bornet, son Abbé martyr en 1944.

Jean-Christophe Henriet

Commune la plus haute de la Nièvre et de la Bourgogne, glu bleue, connaîtra son week-end, le plus animé de l’année à partir du 1er août.

1914, 1944. 2014 : c’est par un hommage rendu, aujourd’hui, des siens que débuteront ces trois jours. Le maire, René Blanchot et son conseil municipal, déposeront une gerbe sur la stèle dédiée à l’abbé Camille Bornet, curé de Glux et de Saint-Prix (commune de Saône-et-Loire), d’octobre 1930 au 31 mai 1944.

Ce jour-là, il fut arrêté par la Gestapo de Nevers et emmené dans ses locaux de la rue Félix-Faure (aujourd’hui, rue Paul-Vaillant-Couturier). Né à Champlemy en 1896, mobilisé en 1914, ordonné prêtre en décembre 1924, à Nevers, nommé d’abord vicaire de Decize, puis curé de Glux et de Saint-Prix en 1930, Camille Bornet était capitaine en 1939. Fait prisonnier en 1940, il fut libéré en tant qu’officier de la guerre précédente. Il était revenu dans sa paroisse en 1942.

Le chanoine Guynot, dans une publication catholique de juin 1945, évoque « un homme intelligent et énergique. Sa situation, dans le Haut-Morvan, où, peu à peu, se concentrait le maquis, l’exposait à tous les risques. Lui, ne voulait y voir qu’une invitation providentielle à se dévouer en prêtre, en prêtre français ».

Deux jours après son arrestation, il fit passer un billet à ses proches : « Suis victime dénonciation grave et mensongère, agravée par déposition fausse… Que volonté de Dieu soit faite. Suis courageux dans souffrances et prévisions. Écrivez à maman. Dites-lui ma tendresse infinie ».

Torturé à mort dans les geôles châlonnaises

Des mots qui traduisent son pressentiment d’une fin violente. Son frère René, tenta de plaider sa cause auprès du chef de la Gestapo de Nevers. Peine perdue. « Votre frère est beaucoup plus dangereux qu’un terroriste ordinaire, il avait une grande influence morale. Il s’est rendu dans un camp de maquis pour porter la communion, il a, de ce fait, donné un réconfort moral à un grand nombre de ces bandits ! »

Le nazi, précisa enfin que l’abbé lui répondait avec « une crânerie, une vigueur, une fierté intolérable, à quel point qui s’était vu dans la nécessité de le gifler ». Le 6 juin, il était conduit dans les jours chalonnaises. Le personnel de la prison dit que « pendant quarante-huit heures, il était resté dans le coma, la poitrine défoncée, les épaules meurtries, et perdant le sang par la bouche, le nez et les oreilles ». Le 9 juin, un infirmier allemand mit fin à l’agonie « par plusieurs piqûres en plein cœur ».

Un tel sacrifice valait bien une marque de reconnaissance soixante-dix ans après.

Il a vécu pour Dieu il est mort pour la Patrie

Chez nous, le nom de Dun-les-Places évoquera, toujours le souvenir de la tuerie sauvage dans furent victimes, le 26 juin 1944, l’Abbé René Rolland, curé de ce village du Morvan, et une vingtaine de ses paroissiens, dont le Maire.

Un autre prêtre nivernais, est aussi à inscrire au martyrologe de la Résistance, l’abbé Camille Bornet, curé de Glux-en-Glenne et de Saint-Prix, ancien vicaire de Decize.

L’abbé Camille Bornet n’avait pas 50 ans lorsqu’il fut torturé et assassiné par la Gestapo.

Combattant de 1914, capitaine pendant la guerre de 1939, prisonnier en 1940, puis libéré comme officier de la guerre précédente, il était revenu dans ses paroisses en 1942.

Sa situation dans le Haut-Morvan où, peu à peu, se concentrait le maquis, l’exposait à tous les risques. Lui ne voulut y voir qu’une invitation providentielle à se dévouer en prêtre français.

Ennemi n°1

Ce que lui reprochait devant son frère, le commandant de la Gestapo de Nevers, après son arrestation sur dénonciation le 31 mai 1944 et son emprisonnement rue Félix-Faure, ce n’était pas d’avoir commis quelque violence les armes à la main.

«  C’est beaucoup plus grave ! Votre frère était l’ennemi n°1, beaucoup plus dangereux qu’un terroriste ordinaire. Il avait une grande influence morale. Il s’était rendu dans un camp de maquis pour porter la communion. Il a, de ce fait, donné un réconfort moral à un grand nombre de ces bandits ! »

L’abbé avait répondu à l’officier avec une crânerie, une vigueur, une fierté intolérables à l’officier allemand, qui avoua « n’avoir jamais rencontré un homme tel que ce curé nivernais », à tel point qu’il s’était vu dans la nécessité de le gifler.

Cela se passait le 6 juin. Or, le matin même, le curé, de Glux avait été tiré de la prison de Nevers et emmené à Chalon-sur-Saône, le lieu de son supplice.

Ajouter la calomnie à l’assassinat

Trois jours plus tard, son corps a demi nu était déposé à la morgue de la prison, sans indication ni papiers, comme le cadavre d’un inconnu.

Que s’était-il passé ?

La justice allemande avait essayé de dissimuler son crime. Elle prétendit que le prisonnier était mort par strangulation volontaire.

C’était ajouter la calomnie à l’assassinat.

On a su par le personnel de la prison que l’abbé avait souffert atrocement et que, pendant quarante-huit heures, il était resté dans le coma, la poitrine défoncée, les épaules meurtries et perdant son sang par la bouche, le nez et les oreilles…

Nous passons sur ces horribles détails des tortures infligées à l’abbé Bornet qui ne céda point et ne livra aucun renseignement sur les maquis.

Les funérailles de l’abbé Camille Bornet ont eu lieu le jeudi 13 septembre 1945. Après un court arrêt devant les portes de l’église de Saint-Prix, sa seconde paroisse, il a été inhumé dans l’église de Glux-en-Glenne où il repose depuis.

Ce jour, plusieurs milliers de personnes, croyantes ou incroyantes, pleuraient dans un silence impressionnant. Tout le Haut-Morvan était en deuil, les drapeaux en berne.

D’après un texte de Jacques Crozatier

Illustration de l’article : l’Abbé Bornet avec son petit chien Poutiou

Témoignage de Mme Thérèse Portrat, née Blanchot, à Couches-les-Mines

Renseignements et souvenirs de l’arrestation de l’Abbé Bornet

Je me souviens de ce jour du 31 mai 1944.

Journées de grande inquiétude dans la région.

Notre maison est située au hameau de l’Échenault, en bordure de route. Nos portes de communication avec l’extérieur se trouvent en hauteur au sommet d’un balcon avec de nombreuses marches.

Ce jour je me trouvais donc à l’extérieur, ce qui m’avait permis de voir les tractions avant comme on les appelait à cette époque.

Tout d’abord j’ai été surprise de voir défiler ces voitures noires.

Une première, dans la deuxième j’ai très bien reconnu l’Abbé Bornet, au centre, entouré par les soldats allemands, puis une troisième et une quatrième avec sans doute son voisin, Monsieur Blanchot Émile, arrêté ce même jour.

Cela se se passait aux alentours de midi.

Mes parents avaient une scierie située au pied au pied du Mont Beuvray, tout près de la forêt. Les ouvriers employés par mon père venaient pour le déjeuner, les voitures allemandes les ont croisés.

Ils ont été surpris de les voir ralentir. L’un d’eux à pu entendre leur conversation : « Qui sont ces gens-là ? », il a entendu la réponse donnée par le prêtre, il leur a dit « ce sont des ouvriers qui viennent de la scierie ».

Est-ce qu’ils avaient la crainte de rencontrer des maquisards à proximité de la forêt ? Car c’est à peu près sûr qu’il y en avait.

Après cette conversation, ils ont poursuivi leur chemin en prenant la route long longeant le Mont Beuvray.

Mes parents tenaient aussi un café et faisaient aussi quelques fois restaurant. Donc c’est de temps à autre que les jeunes qui perchaient dans la forêt, à quelques centaines de mètres, venaient chercher de la nourriture chez nous.

Ma mère leur transportait le ravitaillement dans un grand panier qu’elle mettait dans la brouette, qu’elle recouvrait d’un drap blanc, pour faire croire qu’elle allait faire sa lessive.

La suite de tout ce récit, nous l’avons connu les jours suivants.

L’arrestation, Nevers, puis Chalon-sur-Saône, lieu de son supplice, puis de son décès.

Souvenirs – Loiseau Joseph, Saint-Prix (71)

J’ai connu l’Abbé Bornet depuis mon jeune âge et je suis resté très sensible à la mémoire de cet abbé.

J’ai été enfant de chœur avec lui à l’âge de 8 ans.

Tous les jeudis et les dimanches, il venait à pied depuis Glux à Saint-Prix en passant par le moulin de la Planche, là où habitait ma famille et la famille Alexandre.

Je parcourais donc le trajet pour aller à Saint-Prix avec lui ainsi que ma sœur Berthe, et tout en marchant, il nous racontait toujours quelques histoires.

C’est donc en 1944, en revenant du catéchisme, qu’il me dit : « Tu sais, je ne pourrai pas te faire communier », mais sans me dire la raison.

En rentrant à Glux, il s’arrêtait chez mes parents pour acheter des produits fermiers (œufs, fromage ou lait) et ma grand-mère avait l’habitude de lui offrir un bol de café au lait car c’était son régal.

Je me souviens une certaine fois qu’il mangeait un morceau de fromage, il dit comme ça à ma grand-mère :

« Tu sais, Francine, si c’était permis de jurer, je dirais “Cré nom de Dieu, le bon fromage”. »

L’Abbé Bornet était très serviable et il était aimé de tous.

Malheureusement, la guerre de 39-45 l’a emmené à une mort affreuse (torturé par les Allemands).

Cher Abbé : comme ton bon cœur, tous mes bons souvenirs resteront près de toi.

Bérard Jeanne, La Grande-Verrière (71990)

Je me souviens très bien de l’Abbé Bornet, un prêtre très estimé dans les deux paroisses, Glux et Saint-Prix.

C’est avec lui que j’ai fait ma première communion, le 13 juin 1943.

C’est une cérémonie qui marque la vie.

Pendant la retraite de communion, l’Abbé Bornet nous avait emmenés à la Goulotte, une ferme abandonnée dans le bois. Là, il nous avait laissé un peu de temps libre. Puis, la retraite terminée, nous sommes descendus à Saint-Prix à pied.

Le jour de la première communion, nous nous sommes rassemblés place de l’église, les garçons en costume avec le brassard blanc, les filles en robe de mousseline et voile blanc.

Tous les communiants sont montés dans l’église et se sont installés près du chœur. Nous sommes descendus au bas de l’église en cortège prononcer les vœux en posant une main sur le missel du prêtre installé pour cette cérémonie.

Puis la messe a débuté. Avant la communion, les filles se réunissaient en demi-cercle autour de la Vierge Marie installée pour ce jour sur un piédestal, une couronne de fleurs blanches à la main, nous la levions à bout de bras vers la Vierge en chantant « Bonne Marie, je te confie mon cœur ici-bas ».

Ce jour-là, le drapeau français était hissé derrière l’autel.

Cette journée est resté gravée dans ma mémoire. L’Abbé Bornet faisait de très belles cérémonies.

Il est gravé dans nos mémoires.

Témoignage – Duguet Lucien, Saint-Léger-sous-Beuvray (71)

De l’Abbé Bornet, je garde un souvenir inoubliable car il était un modèle de vertu, s’occupant des uns et des autres en toute simplicité.

Pour notre communion, nous faisions une retraite en jouant avec lui. Le jour de la première communion, nous allions tous manger chez lui à midi, ce qui pour nous était appréciable, nous sortions de notre routine.

Plus tard, j’ai acheté le salon de coiffure à Saint-Léger et l’Abbé venait se faire couper les cheveux et nous parlions beaucoup.

Mais au moment de la Résistance, il venait avec un gros sac de sport et, par la suite, nous avons appris qu’il ravitaillait les FFI.

Mais quand j’ai appris sa mort, il était parti en martyr.

Il a dû penser, puisqu’il était un religieux, à la mort du Christ.

Cela a dû lui donner la force de ne pas parler.

J’aurais aimé savoir qui a pu le dénoncer, il fallait lui en vouloir pour agir ainsi, mais en ce bas monde, il y a toujours une justice.

André Lefèvre, ancien résistant

Je me souviens très bien de l’Abbé Camille Bornet.

C’est avec lui que j’ai fait ma communion solennelle et ma confirmation à Saint-Prix.

Un prêtre d’une très grande sympathie, aimé de tous.

La stèle érigée à son nom près de l’église à l’initiative de Jacques Crozatier a été très appréciée.

Un patriote exemplaire, victime de trahison, qui a donné sa vie pour sauver les autres.

Engagé volontaire dans la Résistance en 1944 au camp des Fraîchots, je me souviens de ces moments incertains.

Tous les ans, au mois de septembre, nous honorons les stèles, et la minute de silence est très respectée.

Une inscription y figure : « Passant, n’oublie pas. »

Comment oublier ces combattants de l’ombre ?

Témoignage souvenirs – Yvonne Joly, veuve Guenaud, Château-Chinon

Il m’est demandé si je me souviens de l’Abbé Bornet.

Oui, comment oublier tant de choses si gravées dans notre mémoire pour un homme qui faisait tant de bien ?

Le souhait que je fais de tout cœur, c’est que l’église rouvre ses portes, comme au bon vieux temps où nous avions notre curé, l’Abbé Bornet.

C’est avec lui que j’ai fait ma première communion en 1942, au mois de juin.

À la célébration de l’office des vêpres, il nous faisait apporter une petite couronne de marguerites, offerte à la Vierge, que nous déposions sur l’autel en chantant « Bonne Marie, prends ma couronne, je te la donne. Au ciel, n’est-ce pas, tu me la rendras. »

Je me souviens aussi de son retour d’Allemagne, prisonnier il avait été démobilisé de cette guerre.

Arrivant un dimanche pendant la célébration de la messe, nous étions à chanter à la « chorale de Glux ».

Pour ne pas déranger, il s’était assis au fond de l’église, attendant la fin de l’office célébré par l’Abbé Monteillet, curé de Villapourçon.

Quelle joie pour les paroissiens !

C’était un prêtre si bon pour tous et dévoué envers les malades.

Je me souviens qu’il faisait des piqûres à ma voisine, atteinte de tuberculose. Il était très serviable, il disait qu’il était au service de Dieu, sans exception croyants ou incroyants, que tous avaient besoin d’être soignés, qu’il faisait son devoir de prêtre.

Quelle tristesse pour ses paroissiens, quand nous avons appris son arrestation par les nazis avec son voisin, M. Blanchot, qui, lui, participait au ravitaillement des maquisards.

À son départ précipité du presbytère, il confie son petit chien « Poutiou » à sa servante, Jeanne Cloix en ajoutant qu’il saurait se taire. M. Blanchot était le cousin de maman.

La dépouille de l’Abbé Bornet nous est revenue, sa sépulture au fond de l’église a toujours été très honorée.

C’est pourquoi pour nous, Gluxois, cette église est sacrée.

Nous avons espoir que notre association, créée et motivée par les habitants de Glux, trouvera assez d’argent pour achever les travaux et qu’à nouveau nous puissions fleurir sa tombe comme il se doit en souvenir de cet homme hors du commun, afin de pouvoir à nouveau célébrer les offices religieux, surtout pour nos défunts.

Sa mémoire restera toujours dans nos cœurs, avec nos prières pour sa mort tragique qui a sauvé de jeunes Français de notre Morvan.

En espérant que les générations futures n’auront pas à revivre une semblable époque, aussi douloureuse.

Souvenirs témoignage – Marceau Roger, Glux-en-Glenne

Ce prêtre a laissé un souvenir inoubliable dans la région.

C’est avec lui que j’ai fait ma première communion.

Nous avons été très attristés de son arrestation par les Allemands.

Je me souviens de cette journée du 31 mai très ensoleillée.

Nous revenions de la forêt où nous avions été préparer la provision de bois pour l’hiver. Nous étions mon père et moi accompagnés de Jean-Marie Berthier, cultivateur, qui revenait de travailler de ses champs.

Nous montions le chemin, à côté du presbytère, quand soudain nous avons été surpris de voir les soldats en armes entourer le presbytère.

J’étais jeune, et on m’a prié de rester au milieu de mon père et le voisin, car si les hommes de l’ombre (la Résistance) qui, sans doute, rôdaient dans la forêt voisine, si la rencontre avait lieu, cela aurait pu être tragique.

Je me souviens de ses funérailles, sa tombe au fond de l’église a toujours été très honorée.

Ma sœur Jeannette, Jeanne Damond veillaient à ce qu’elle soit toujours bien fleurie.