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1944.06.15 – Lettre Jean de Verclos à l’évêque de Nevers

Glux 15/6/44

Monseigneur

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la mort de Monsieur l’Abbé Bornet.

Cette triste nouvelle nous avait été rapportée déjà hier par ma fille, qui venait de passer à Saint-Gildard et aujourd’hui votre lettre nous en apporte la triste confirmation. Un de mes neveux a eu quelques précisions à l’évêché d’Autun. C’est par une autorisation spéciale de la Kommandantur, que l’aumônier de Chalon a pu téléphoner cette nouvelle.

L’Abbé Bornet aurait été trouvé étranglé lundi matin. Ce n’est pas la première fois que cela se produit à la prison de Chalon…

La population de Glux est très impressionnée par ce décès, car notre curé était extrêmement charitable et très aimé par tout le monde – il n’avait pas d’ennemis et pour beaucoup sa disparition sera une grosse peine.

Une de mes sœurs qui se trouve à Paris nous écrit, ne sachant pas encore ce décès, qu’on lui a parlé d’un religieux qui aurait besoin de se reposer et pourrait peut-être venir à la campagne. Cela pourrait-il vous aider à assurer le service paroissial de Glux ? Dans l’affirmative de quelle façon faut-il procéder ?

Veuillez recevoir, Monseigneur, l’expression de mon respectueux dévouement.

Jean de Verclos


Note : rép. 21/6/44

2014.08.01 – Hommage rendu à l’abbé martyr

Commémoration 1944 : hommage à l’abbé Bornet arrêté par la Gestapo de Nevers

Avant que la fête des myrtilles batte sont plein, la commune la plus haute Bourgogne rendra hommage à Camille Bornet, son Abbé martyr en 1944.

Jean-Christophe Henriet

Commune la plus haute de la Nièvre et de la Bourgogne, glu bleue, connaîtra son week-end, le plus animé de l’année à partir du 1er août.

1914, 1944. 2014 : c’est par un hommage rendu, aujourd’hui, des siens que débuteront ces trois jours. Le maire, René Blanchot et son conseil municipal, déposeront une gerbe sur la stèle dédiée à l’abbé Camille Bornet, curé de Glux et de Saint-Prix (commune de Saône-et-Loire), d’octobre 1930 au 31 mai 1944.

Ce jour-là, il fut arrêté par la Gestapo de Nevers et emmené dans ses locaux de la rue Félix-Faure (aujourd’hui, rue Paul-Vaillant-Couturier). Né à Champlemy en 1896, mobilisé en 1914, ordonné prêtre en décembre 1924, à Nevers, nommé d’abord vicaire de Decize, puis curé de Glux et de Saint-Prix en 1930, Camille Bornet était capitaine en 1939. Fait prisonnier en 1940, il fut libéré en tant qu’officier de la guerre précédente. Il était revenu dans sa paroisse en 1942.

Le chanoine Guynot, dans une publication catholique de juin 1945, évoque « un homme intelligent et énergique. Sa situation, dans le Haut-Morvan, où, peu à peu, se concentrait le maquis, l’exposait à tous les risques. Lui, ne voulait y voir qu’une invitation providentielle à se dévouer en prêtre, en prêtre français ».

Deux jours après son arrestation, il fit passer un billet à ses proches : « Suis victime dénonciation grave et mensongère, agravée par déposition fausse… Que volonté de Dieu soit faite. Suis courageux dans souffrances et prévisions. Écrivez à maman. Dites-lui ma tendresse infinie ».

Torturé à mort dans les geôles châlonnaises

Des mots qui traduisent son pressentiment d’une fin violente. Son frère René, tenta de plaider sa cause auprès du chef de la Gestapo de Nevers. Peine perdue. « Votre frère est beaucoup plus dangereux qu’un terroriste ordinaire, il avait une grande influence morale. Il s’est rendu dans un camp de maquis pour porter la communion, il a, de ce fait, donné un réconfort moral à un grand nombre de ces bandits ! »

Le nazi, précisa enfin que l’abbé lui répondait avec « une crânerie, une vigueur, une fierté intolérable, à quel point qui s’était vu dans la nécessité de le gifler ». Le 6 juin, il était conduit dans les jours chalonnaises. Le personnel de la prison dit que « pendant quarante-huit heures, il était resté dans le coma, la poitrine défoncée, les épaules meurtries, et perdant le sang par la bouche, le nez et les oreilles ». Le 9 juin, un infirmier allemand mit fin à l’agonie « par plusieurs piqûres en plein cœur ».

Un tel sacrifice valait bien une marque de reconnaissance soixante-dix ans après.

Il a vécu pour Dieu il est mort pour la Patrie

Chez nous, le nom de Dun-les-Places évoquera, toujours le souvenir de la tuerie sauvage dans furent victimes, le 26 juin 1944, l’Abbé René Rolland, curé de ce village du Morvan, et une vingtaine de ses paroissiens, dont le Maire.

Un autre prêtre nivernais, est aussi à inscrire au martyrologe de la Résistance, l’abbé Camille Bornet, curé de Glux-en-Glenne et de Saint-Prix, ancien vicaire de Decize.

L’abbé Camille Bornet n’avait pas 50 ans lorsqu’il fut torturé et assassiné par la Gestapo.

Combattant de 1914, capitaine pendant la guerre de 1939, prisonnier en 1940, puis libéré comme officier de la guerre précédente, il était revenu dans ses paroisses en 1942.

Sa situation dans le Haut-Morvan où, peu à peu, se concentrait le maquis, l’exposait à tous les risques. Lui ne voulut y voir qu’une invitation providentielle à se dévouer en prêtre français.

Ennemi n°1

Ce que lui reprochait devant son frère, le commandant de la Gestapo de Nevers, après son arrestation sur dénonciation le 31 mai 1944 et son emprisonnement rue Félix-Faure, ce n’était pas d’avoir commis quelque violence les armes à la main.

«  C’est beaucoup plus grave ! Votre frère était l’ennemi n°1, beaucoup plus dangereux qu’un terroriste ordinaire. Il avait une grande influence morale. Il s’était rendu dans un camp de maquis pour porter la communion. Il a, de ce fait, donné un réconfort moral à un grand nombre de ces bandits ! »

L’abbé avait répondu à l’officier avec une crânerie, une vigueur, une fierté intolérables à l’officier allemand, qui avoua « n’avoir jamais rencontré un homme tel que ce curé nivernais », à tel point qu’il s’était vu dans la nécessité de le gifler.

Cela se passait le 6 juin. Or, le matin même, le curé, de Glux avait été tiré de la prison de Nevers et emmené à Chalon-sur-Saône, le lieu de son supplice.

Ajouter la calomnie à l’assassinat

Trois jours plus tard, son corps a demi nu était déposé à la morgue de la prison, sans indication ni papiers, comme le cadavre d’un inconnu.

Que s’était-il passé ?

La justice allemande avait essayé de dissimuler son crime. Elle prétendit que le prisonnier était mort par strangulation volontaire.

C’était ajouter la calomnie à l’assassinat.

On a su par le personnel de la prison que l’abbé avait souffert atrocement et que, pendant quarante-huit heures, il était resté dans le coma, la poitrine défoncée, les épaules meurtries et perdant son sang par la bouche, le nez et les oreilles…

Nous passons sur ces horribles détails des tortures infligées à l’abbé Bornet qui ne céda point et ne livra aucun renseignement sur les maquis.

Les funérailles de l’abbé Camille Bornet ont eu lieu le jeudi 13 septembre 1945. Après un court arrêt devant les portes de l’église de Saint-Prix, sa seconde paroisse, il a été inhumé dans l’église de Glux-en-Glenne où il repose depuis.

Ce jour, plusieurs milliers de personnes, croyantes ou incroyantes, pleuraient dans un silence impressionnant. Tout le Haut-Morvan était en deuil, les drapeaux en berne.

D’après un texte de Jacques Crozatier

Illustration de l’article : l’Abbé Bornet avec son petit chien Poutiou

Souvenirs et témoignage de Irène Fourcroy Sekulova

J’ai de bons souvenirs de l’Abbé Camille Bornet.

J’habitais Villechaise, lorsqu’il revenait de Saint-Prix pour célébrer la messe à Glux, il passait à la maison nous dire bonjour et nous faisions le chemin Villechaise-Glux en sa compagnie pour assister à la messe.

Il était d’une grande gentillesse et dévoué.

Je me souviens qu’il venait prodiguer des soins à une tante qui était malade.

Le jour de son arrestation, nous allions à l’école, nous avons vu les Allemands à proximité du presbytère emmenant notre cher curé.

C’était la panique et une grande tristesse.

Je ne l’oublierai jamais.

J’ai sa photo dans mon album.

Conclusion

Depuis cette triste époque de la « libération », beaucoup d’années se sont écoulées, mais cependant le souvenir est resté gravé dans la mémoire.

Tous ces témoignages recueillis nous rappellent les bons moments, les innombrables services rendus par l’Abbé Bornet.

Ce prêtre desservant les deux paroisses Glux-en-Glenne (Nièvre) et Saint-Prix (Saône-et-Loire).

Tous ces récits sont le reflet du souvenir et de son immense bonté.

Souvenirs – Loiseau Joseph, Saint-Prix (71)

J’ai connu l’Abbé Bornet depuis mon jeune âge et je suis resté très sensible à la mémoire de cet abbé.

J’ai été enfant de chœur avec lui à l’âge de 8 ans.

Tous les jeudis et les dimanches, il venait à pied depuis Glux à Saint-Prix en passant par le moulin de la Planche, là où habitait ma famille et la famille Alexandre.

Je parcourais donc le trajet pour aller à Saint-Prix avec lui ainsi que ma sœur Berthe, et tout en marchant, il nous racontait toujours quelques histoires.

C’est donc en 1944, en revenant du catéchisme, qu’il me dit : « Tu sais, je ne pourrai pas te faire communier », mais sans me dire la raison.

En rentrant à Glux, il s’arrêtait chez mes parents pour acheter des produits fermiers (œufs, fromage ou lait) et ma grand-mère avait l’habitude de lui offrir un bol de café au lait car c’était son régal.

Je me souviens une certaine fois qu’il mangeait un morceau de fromage, il dit comme ça à ma grand-mère :

« Tu sais, Francine, si c’était permis de jurer, je dirais “Cré nom de Dieu, le bon fromage”. »

L’Abbé Bornet était très serviable et il était aimé de tous.

Malheureusement, la guerre de 39-45 l’a emmené à une mort affreuse (torturé par les Allemands).

Cher Abbé : comme ton bon cœur, tous mes bons souvenirs resteront près de toi.

Mme Yver, née Dudragne, Andrée, Saint-Léger-sous-Beuvray

Bien que jeune adolescente, j’ai beaucoup de souvenirs de l’Abbé Bornet, nous en avons tellement parlé en famille, des souvenirs inoubliables sur la bonté de ce prêtre.

C’est avec lui que j’ai fait ma première communion à l’église de Saint-Prix, c’était en 1943.

Quand nous avons appris son arrestation par les Allemands, en 1944, quelle tristesse ce fut dans la région. Surtout quand nous avons appris son décès, que son douloureux calvaire a été porté à notre connaissance.

Très aimé, il a été très regretté dans la région.

Avec ma famille, j’avais assisté aux funérailles parmi une foule nombreuse venue lui rendre un dernier hommage.

Quand j’ai l’occasion de passer à l’église de Glux, je me remémore sur sa tombe, mais là, depuis 2001, elle est fermée au public et promise pour la Pentecôte à la réouverture.

J’ai bien intention d’assister à cette inauguration.

Témoignage – Duguet Lucien, Saint-Léger-sous-Beuvray (71)

De l’Abbé Bornet, je garde un souvenir inoubliable car il était un modèle de vertu, s’occupant des uns et des autres en toute simplicité.

Pour notre communion, nous faisions une retraite en jouant avec lui. Le jour de la première communion, nous allions tous manger chez lui à midi, ce qui pour nous était appréciable, nous sortions de notre routine.

Plus tard, j’ai acheté le salon de coiffure à Saint-Léger et l’Abbé venait se faire couper les cheveux et nous parlions beaucoup.

Mais au moment de la Résistance, il venait avec un gros sac de sport et, par la suite, nous avons appris qu’il ravitaillait les FFI.

Mais quand j’ai appris sa mort, il était parti en martyr.

Il a dû penser, puisqu’il était un religieux, à la mort du Christ.

Cela a dû lui donner la force de ne pas parler.

J’aurais aimé savoir qui a pu le dénoncer, il fallait lui en vouloir pour agir ainsi, mais en ce bas monde, il y a toujours une justice.

Témoignage souvenirs – Pauchard Raymond, Le Châtelet, Arleuf

J’ai de très bons souvenirs de l’Abbé Bornet, c’était un prêtre hors du commun, d’une extrême bonté avec tous les habitants de la région.

C’est avec lui que j’ai fait ma communion solennelle. En principe, c’était le jeudi de la Fête-Dieu.

Pour préparer cette célébration, pendant trois jours, nous faisions la retraite. Il nous emmenait jusqu’au sommet du Beuvray, il nous entraînait par des chants, avec ce souvenir :« Mon merle a une plume, mon merle a deux plumes… »

Pour cette journée de communion, le déjeuner se faisait chez lui, les parents envoyaient une petite participation.

Le présent était une volaille, il fallait reconnaître qu’à cette époque, les enfants étaient nombreux à Glux.

Je me souviens aussi de la porte grise cloutée du presbytère.

Pour annoncer notre présence, pour activer la sonnette, une patte de chevreuil remplaçait le système électrique.

Lors de son arrestation par les Allemands, nous avons été très attristés par son décès avec la connaissance de son calvaire.

J’ai une pensée très particulière lorsque je me retrouve auprès de sa sépulture au fond de l’église.

Souvenirs et témoignage – Barnay Roland

Bien que jeune adolescent, j’ai beaucoup de bons souvenirs de l’Abbé Bornet.

C’est avec lui que j’ai fait ma première communion, c’était en 1943.

J’ai aussi le souvenir de ma confirmation avec l’évêque d’Autun, nous avions toujours notre cher Abbé, mais hélas, une année plus tard, nous avons été dans la région très attristés par son arrestation par les Allemands, puis par la suite lorsque nous avons eu connaissance de son calvaire.

Il était très aimé dans la région, il rendait beaucoup de service auprès des malades.

Avec ma famille, nous avons assisté à ses funérailles, parmi une foule nombreuse.

Quand j’ai l’occasion de passer à l’église de Glux, je fais une halte sur sa tombe, toujours bien fleurie.

Mme Germaine Bouillot, née Curé – En mémoire de l’Abbé Bornet

C’est avec lui que j’ai fait ma première communion en 1938.

Il faisait de très belles cérémonies, nous étions émerveillés par son savoir-faire et sa gentillesse.

Il était très aimé à Saint-Prix et soignait beaucoup les malades.

Il faisait aucune différence, croyants ou incroyants. Très serviable.

Nous avons été très peinés de son arrestation par les Allemands. Nous avons assisté à ses funérailles à Glux.

À l’occasion je me recueille sur sa tombe, toujours bien fleurie.