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Carême 1931 – Mes bien chers frères

Paroisse de Glux


Carême 1931


Faire son salut, c’est-à-dire : aller au ciel pour y jouir de la récompense promise à ceux
qui ont fait le bien ici-bas, quelle importante question ! Y pensons-nous sérieusement ?

La multitude des soucis matériels nous empêche d’arrêter longuement notre esprit à ces graves problèmes d’une éternité heureuse ou malheureuse ! Il faut travailler, il faut vivre, et c’est légitime ; mais encore l’incrédulité, le relâchement de la morale, souvent la sottise ferment nos oreilles à la vérité chrétienne, nos yeux à la lumière divine, c’est désastreux !

Et cependant, mes frères, nous avons une âme ; une âme dont les besoins de connaître et d’aimer jamais satisfaits appellent un Dieu infini ; une âme qui est faite pour Dieu, pour le ciel, pour l’éternité. Et alors il faut tout de même, il faut surtout penser à cette âme.

Le prêtre, placé dans votre paroisse comme un pasteur vigilant au milieu de son trou-peau, a pour mission spéciale de vous conduire à Dieu par la sanctification de vos âmes. Il vous doit de vous aider dans l’affaire de votre salut. C’est le grand, l’unique souci de votre curé.

Or, mes frères, le carême, temps de pénitence et de prière, nous invite plus particulière-ment, pasteur et fidèles, à sortir de notre torpeur, à quitter nos occupations temporelles, à élever nos âmes vers Dieu, à prier, à réfléchir, à penser à notre âme, en un mot à travailler à notre salut.

Pour vous aider dans cette tâche difficile, votre curé a décidé (indépendamment des exercices à l’Église paroissiale) d’organiser des prières du soir dans les villages, selon le programme ci-joint.

Mes frères, vous y viendrez nombreux, vous y viendrez tous, les hommes et les jeunes gens surtout. Ensemble, comme en famille, nous prierons ; ensemble nous repasserons les grandes vérités de notre sainte religion, nous réveillerons cette vieille foi qui demeure malgré tout au fond du cœur de tout homme, nous ranimerons cette espérance qui le maintient dans le devoir et le porte dans la douleur ; notre cœur se laissera prendre à l’amour régénérateur de notre Dieu.

Et puis, mes frères, aux offices de la Semaine Sainte, le jeudi et le vendredi soir, à votre tour vous descendrez ou vous monterez de vos villages à votre église : vous rendrez à notre Seigneur la visite qu’il vous aura faite par son prêtre.

Nous donnerons à ces cérémonies le plus bel éclat possible afin de toucher vos cœurs ; et ce carême qui se clôturera magnifiquement, je l’espère, par la fête de Pâques, aura été vraiment un réconfort pour vos âmes, une consolation pour votre curé, et une source de bénédictions pour notre chère paroisse.

Agréez, mes bien chers frères, l’assurance de mes sentiments tout dévoués.

Votre Curé,
C. BORNET


Témoignage de Pascal Martin – juillet 2025

Je m’appelle Pascal MARTIN,

Je suis originaire de Glux, mon grand-père Lucien MARTIN a été maire de Glux et est mort en fonction en 1954… Son fils mon oncle Hubert a été le plus jeune maire de France en cette même année durant 47 ans.

Ma grand-mère, chez qui je passais toutes mes vacances scolaires, était épicière dans le bourg à côté du café Martin tenu par ma grande tante Marie MARTIN.

Cette dernière (et mon papa également Marc MARTIN), m’a toujours dit que c’était le jour de la première communion de mon papa qui était aussi enfant de chœur.

Toute la famille était très attachée à Monsieur le Curé Bornet.

Après avoir été arrêté il fut conduit à la Kommandantur de Nevers (Hôtel de France) et ensuite emmené à Chalon-sur-Saône pour continuer les tortures et divers sévices.

C’est mon grand-père Lucien qui a été chercher sa dépouille en camion de transport et il a ainsi retrouvé provisoirement dans le cimetière une place, avant une inhumation en l’église de Glux après la guerre.

Voilà mes souvenirs de discussions avec ma grand-mère et mon papa.

Souvenirs et témoignage de Irène Fourcroy Sekulova

J’ai de bons souvenirs de l’Abbé Camille Bornet.

J’habitais Villechaise, lorsqu’il revenait de Saint-Prix pour célébrer la messe à Glux, il passait à la maison nous dire bonjour et nous faisions le chemin Villechaise-Glux en sa compagnie pour assister à la messe.

Il était d’une grande gentillesse et dévoué.

Je me souviens qu’il venait prodiguer des soins à une tante qui était malade.

Le jour de son arrestation, nous allions à l’école, nous avons vu les Allemands à proximité du presbytère emmenant notre cher curé.

C’était la panique et une grande tristesse.

Je ne l’oublierai jamais.

J’ai sa photo dans mon album.

Conclusion

Depuis cette triste époque de la « libération », beaucoup d’années se sont écoulées, mais cependant le souvenir est resté gravé dans la mémoire.

Tous ces témoignages recueillis nous rappellent les bons moments, les innombrables services rendus par l’Abbé Bornet.

Ce prêtre desservant les deux paroisses Glux-en-Glenne (Nièvre) et Saint-Prix (Saône-et-Loire).

Tous ces récits sont le reflet du souvenir et de son immense bonté.

Souvenirs – Loiseau Joseph, Saint-Prix (71)

J’ai connu l’Abbé Bornet depuis mon jeune âge et je suis resté très sensible à la mémoire de cet abbé.

J’ai été enfant de chœur avec lui à l’âge de 8 ans.

Tous les jeudis et les dimanches, il venait à pied depuis Glux à Saint-Prix en passant par le moulin de la Planche, là où habitait ma famille et la famille Alexandre.

Je parcourais donc le trajet pour aller à Saint-Prix avec lui ainsi que ma sœur Berthe, et tout en marchant, il nous racontait toujours quelques histoires.

C’est donc en 1944, en revenant du catéchisme, qu’il me dit : « Tu sais, je ne pourrai pas te faire communier », mais sans me dire la raison.

En rentrant à Glux, il s’arrêtait chez mes parents pour acheter des produits fermiers (œufs, fromage ou lait) et ma grand-mère avait l’habitude de lui offrir un bol de café au lait car c’était son régal.

Je me souviens une certaine fois qu’il mangeait un morceau de fromage, il dit comme ça à ma grand-mère :

« Tu sais, Francine, si c’était permis de jurer, je dirais “Cré nom de Dieu, le bon fromage”. »

L’Abbé Bornet était très serviable et il était aimé de tous.

Malheureusement, la guerre de 39-45 l’a emmené à une mort affreuse (torturé par les Allemands).

Cher Abbé : comme ton bon cœur, tous mes bons souvenirs resteront près de toi.

Bérard Jeanne, La Grande-Verrière (71990)

Je me souviens très bien de l’Abbé Bornet, un prêtre très estimé dans les deux paroisses, Glux et Saint-Prix.

C’est avec lui que j’ai fait ma première communion, le 13 juin 1943.

C’est une cérémonie qui marque la vie.

Pendant la retraite de communion, l’Abbé Bornet nous avait emmenés à la Goulotte, une ferme abandonnée dans le bois. Là, il nous avait laissé un peu de temps libre. Puis, la retraite terminée, nous sommes descendus à Saint-Prix à pied.

Le jour de la première communion, nous nous sommes rassemblés place de l’église, les garçons en costume avec le brassard blanc, les filles en robe de mousseline et voile blanc.

Tous les communiants sont montés dans l’église et se sont installés près du chœur. Nous sommes descendus au bas de l’église en cortège prononcer les vœux en posant une main sur le missel du prêtre installé pour cette cérémonie.

Puis la messe a débuté. Avant la communion, les filles se réunissaient en demi-cercle autour de la Vierge Marie installée pour ce jour sur un piédestal, une couronne de fleurs blanches à la main, nous la levions à bout de bras vers la Vierge en chantant « Bonne Marie, je te confie mon cœur ici-bas ».

Ce jour-là, le drapeau français était hissé derrière l’autel.

Cette journée est resté gravée dans ma mémoire. L’Abbé Bornet faisait de très belles cérémonies.

Il est gravé dans nos mémoires.

Mme Yver, née Dudragne, Andrée, Saint-Léger-sous-Beuvray

Bien que jeune adolescente, j’ai beaucoup de souvenirs de l’Abbé Bornet, nous en avons tellement parlé en famille, des souvenirs inoubliables sur la bonté de ce prêtre.

C’est avec lui que j’ai fait ma première communion à l’église de Saint-Prix, c’était en 1943.

Quand nous avons appris son arrestation par les Allemands, en 1944, quelle tristesse ce fut dans la région. Surtout quand nous avons appris son décès, que son douloureux calvaire a été porté à notre connaissance.

Très aimé, il a été très regretté dans la région.

Avec ma famille, j’avais assisté aux funérailles parmi une foule nombreuse venue lui rendre un dernier hommage.

Quand j’ai l’occasion de passer à l’église de Glux, je me remémore sur sa tombe, mais là, depuis 2001, elle est fermée au public et promise pour la Pentecôte à la réouverture.

J’ai bien intention d’assister à cette inauguration.

Témoignage – Duguet Lucien, Saint-Léger-sous-Beuvray (71)

De l’Abbé Bornet, je garde un souvenir inoubliable car il était un modèle de vertu, s’occupant des uns et des autres en toute simplicité.

Pour notre communion, nous faisions une retraite en jouant avec lui. Le jour de la première communion, nous allions tous manger chez lui à midi, ce qui pour nous était appréciable, nous sortions de notre routine.

Plus tard, j’ai acheté le salon de coiffure à Saint-Léger et l’Abbé venait se faire couper les cheveux et nous parlions beaucoup.

Mais au moment de la Résistance, il venait avec un gros sac de sport et, par la suite, nous avons appris qu’il ravitaillait les FFI.

Mais quand j’ai appris sa mort, il était parti en martyr.

Il a dû penser, puisqu’il était un religieux, à la mort du Christ.

Cela a dû lui donner la force de ne pas parler.

J’aurais aimé savoir qui a pu le dénoncer, il fallait lui en vouloir pour agir ainsi, mais en ce bas monde, il y a toujours une justice.

Témoignage souvenirs – Pauchard Raymond, Le Châtelet, Arleuf

J’ai de très bons souvenirs de l’Abbé Bornet, c’était un prêtre hors du commun, d’une extrême bonté avec tous les habitants de la région.

C’est avec lui que j’ai fait ma communion solennelle. En principe, c’était le jeudi de la Fête-Dieu.

Pour préparer cette célébration, pendant trois jours, nous faisions la retraite. Il nous emmenait jusqu’au sommet du Beuvray, il nous entraînait par des chants, avec ce souvenir :« Mon merle a une plume, mon merle a deux plumes… »

Pour cette journée de communion, le déjeuner se faisait chez lui, les parents envoyaient une petite participation.

Le présent était une volaille, il fallait reconnaître qu’à cette époque, les enfants étaient nombreux à Glux.

Je me souviens aussi de la porte grise cloutée du presbytère.

Pour annoncer notre présence, pour activer la sonnette, une patte de chevreuil remplaçait le système électrique.

Lors de son arrestation par les Allemands, nous avons été très attristés par son décès avec la connaissance de son calvaire.

J’ai une pensée très particulière lorsque je me retrouve auprès de sa sépulture au fond de l’église.

Souvenirs témoignage de Mme Angelaud Marie, née Goby, Saint-Prix (71)

Comme beaucoup de gens de Saint-Prix, j’ai bien connu l’Abbé Bornet étant donné que je suis dans les personnes les plus âgées.

Je n’ai pas eu la joie d’avoir l’Abbé Bornet pour faire ma première communion. De toute façon, étant une fervente catholique, j’ai fréquenté beaucoup l’église le temps de son sacerdoce à Saint-Prix.

Comme tous les gens de la commune, je l’aimais beaucoup, il faisait toujours de très belles cérémonies religieuses, il avait de très bons contacts avec tous les paroissiens.

Comme beaucoup dans la région, je conserve précieusement la photo dans mon armoire.

Il est difficile d’oublier ce prêtre, surtout dans les conditions qu’il a souffert pour partir. Il a laissé tout le monde dans la peine. Il a été difficile de le remplacer.

À l’église de Glux, je n’oublie pas de passer sur sa tombe.

Mme Germaine Bouillot, née Curé – En mémoire de l’Abbé Bornet

C’est avec lui que j’ai fait ma première communion en 1938.

Il faisait de très belles cérémonies, nous étions émerveillés par son savoir-faire et sa gentillesse.

Il était très aimé à Saint-Prix et soignait beaucoup les malades.

Il faisait aucune différence, croyants ou incroyants. Très serviable.

Nous avons été très peinés de son arrestation par les Allemands. Nous avons assisté à ses funérailles à Glux.

À l’occasion je me recueille sur sa tombe, toujours bien fleurie.