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1944.06.13 – Lettre du curé de Saint-Vincent au vicaire général de Nevers l’informant des funérailles de l’Abbé Bornet

Diocèse d’Autun
Église Cathédrale
de Saint-Vincent
Chalon-sur-Saône

Chalon, le 13 juin 1944


Monsieur le Vicaire Général,

Nous venons de rendre les derniers devoirs à votre vénéré confrère, Monsieur l’Abbé Camille Bornet. Il repose, en attendant que sa famille le reprenne, dans le caveau des curés de Saint-Vincent, au cimetière de l’Est.

Nous lui avons fait des obsèques aussi dignes que possible. Une quinzaine de prêtres l’entouraient, beaucoup de religieuses, et une assistance nombreuse et profondément recueillie. Il y avait aussi des délégués de la Maison des Prisonniers, dont le directeur, Monsieur Oudot, tenait un des coins de poêle*.

Pour ma part, j’ai tenu à dire moi-même la sainte messe – et à suivre, avec mon vicaire, le corps au cimetière pour représenter à la fois sa paroisse et sa famille. J’ai reçu de touchants témoignages de sympathie que je m’empresse de vous transmettre. Des messes me sont demandées pour lui.

Que Dieu reçoive le sacrifice de cette nouvelle victime de la guerre, et nous rende, Monsieur le Vicaire général, d’autres vocations pour remplacer le vaillant prêtre qui vient de tomber.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Vicaire général, avec mes fraternelles condoléances, l’hommage de mes sentiments très respectueux.

Thiereau
curé de Saint-Vincent


* Autrefois, tenir les cordons du poêle, c’était tenir les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil. Le poêle était le drap mortuaire ou la grande pièce de tissu noir ou blanc dont on couvrait le cercueil.
Source : Association des Archivistes de l’Église de France

1944.06.13 – Lettre du curé de Saint-Vincent à l’évêque d’Autun l’informant des funérailles de l’Abbé Bornet

Diocèse d’Autun
Église Cathédrale
de Saint-Vincent
Chalon-sur-Saône

Chalon, le 13 juin 1944


Monseigneur,

Nous venons de faire à la cathédrale les funérailles de Monsieur l’Abbé Camille Bornet, curé de Glux. Son corps repose au caveau des curés de Saint-Vincent au cimetière de l’Est. Nous n’avons pu atteindre sa famille mais l’évêché de Nevers est averti et j’écris aujourd’hui au vicaire général de Nevers pour lui rendre (compte ?) de ses obsèques.

Celle-ci ont été très dignes, sans tapage. Une quinzaine de prêtres l’entouraient, beaucoup de religieuses, et une assistance nombreuse et profondément recueillie.

La maison des prisonniers était représentée par une délégation, car ce prêtre était officier de réserve, capitaine aviateur (?), revenu de captivité l’an passé.

Pour ma part, j’ai tenu à dire moi-même la grand-messe, et à suivre, avec l’un de mes vicaires, le corps au cimetière pour représenter à la fois sa paroisse et sa famille. Car il n’y avait personne du diocèse de Nevers.

J’ai reçu de touchants témoignages de sympathie, et des messes m’ont été demandées pour lui.

La ville de Chalon est relativement calme. Il y a bien des allées et venues de GMR* ou autres, mais tout va normalement pour le moment. On vit cependant dans l’inquiétude pour l’avenir.

Nous sommes sur le point d’abandonner l’idée de colonies de vacances, à cause des difficultés de ravitaillement, qui deviendrait impossible sans transports. Nous allons probablement faire des patronages de vacances.

Mes vicaires vont bien. Monsieur Rob est tout à fait lancé dans son ministère et ses fonctions de directeur de maîtrise. Les enfants l’aiment beaucoup.

Je vous prie d’agréer, Monseigneur, l’hommage de mon filial respect.

Thiereau
curé de Saint-Vincent


* Les Groupes mobiles de réserve, souvent appelés GMR, étaient des unités de police organisées de façon paramilitaire, créées par le gouvernement de Vichy.
Source : Wikipédia

Réparation de l’église – 1937 ou 1938

Témoignages faisant référence à ces travaux :

2014.08.01 – Hommage rendu à l’abbé martyr

Commémoration 1944 : hommage à l’abbé Bornet arrêté par la Gestapo de Nevers

Avant que la fête des myrtilles batte sont plein, la commune la plus haute Bourgogne rendra hommage à Camille Bornet, son Abbé martyr en 1944.

Jean-Christophe Henriet

Commune la plus haute de la Nièvre et de la Bourgogne, glu bleue, connaîtra son week-end, le plus animé de l’année à partir du 1er août.

1914, 1944. 2014 : c’est par un hommage rendu, aujourd’hui, des siens que débuteront ces trois jours. Le maire, René Blanchot et son conseil municipal, déposeront une gerbe sur la stèle dédiée à l’abbé Camille Bornet, curé de Glux et de Saint-Prix (commune de Saône-et-Loire), d’octobre 1930 au 31 mai 1944.

Ce jour-là, il fut arrêté par la Gestapo de Nevers et emmené dans ses locaux de la rue Félix-Faure (aujourd’hui, rue Paul-Vaillant-Couturier). Né à Champlemy en 1896, mobilisé en 1914, ordonné prêtre en décembre 1924, à Nevers, nommé d’abord vicaire de Decize, puis curé de Glux et de Saint-Prix en 1930, Camille Bornet était capitaine en 1939. Fait prisonnier en 1940, il fut libéré en tant qu’officier de la guerre précédente. Il était revenu dans sa paroisse en 1942.

Le chanoine Guynot, dans une publication catholique de juin 1945, évoque « un homme intelligent et énergique. Sa situation, dans le Haut-Morvan, où, peu à peu, se concentrait le maquis, l’exposait à tous les risques. Lui, ne voulait y voir qu’une invitation providentielle à se dévouer en prêtre, en prêtre français ».

Deux jours après son arrestation, il fit passer un billet à ses proches : « Suis victime dénonciation grave et mensongère, agravée par déposition fausse… Que volonté de Dieu soit faite. Suis courageux dans souffrances et prévisions. Écrivez à maman. Dites-lui ma tendresse infinie ».

Torturé à mort dans les geôles châlonnaises

Des mots qui traduisent son pressentiment d’une fin violente. Son frère René, tenta de plaider sa cause auprès du chef de la Gestapo de Nevers. Peine perdue. « Votre frère est beaucoup plus dangereux qu’un terroriste ordinaire, il avait une grande influence morale. Il s’est rendu dans un camp de maquis pour porter la communion, il a, de ce fait, donné un réconfort moral à un grand nombre de ces bandits ! »

Le nazi, précisa enfin que l’abbé lui répondait avec « une crânerie, une vigueur, une fierté intolérable, à quel point qui s’était vu dans la nécessité de le gifler ». Le 6 juin, il était conduit dans les jours chalonnaises. Le personnel de la prison dit que « pendant quarante-huit heures, il était resté dans le coma, la poitrine défoncée, les épaules meurtries, et perdant le sang par la bouche, le nez et les oreilles ». Le 9 juin, un infirmier allemand mit fin à l’agonie « par plusieurs piqûres en plein cœur ».

Un tel sacrifice valait bien une marque de reconnaissance soixante-dix ans après.

1939.10.30 – Lettre du Capitaine Bornet à M. Blanchot

Capitaine Bornet
Commandant la CA2
295 RI
Secteur 7

30 octobre 1939


Cher monsieur Blanchot

D’abord, je vous donne l’assurance que j’ai eu grande joie à lire des nouvelles de vos chers enfants : Joseph est dans mon secteur, mais où ? Le secteur 7 est immense ; peut-être qu’un jour, au hasard des mouvements qui sont fréquents, pourrons-nous nous rencontrer.

Pour ce qui est de ramener Lucien auprès de son frère, j’ai fait immédiatement des démarches ; et pour le moment, quelles que soient les recommandations, la chose est impossible : les hommes devront rester là où ils ont été mobilisés ; dans la suite, j’espère qu’il en sera comme pendant la dernière guerre ; il faut attendre un décret général du ministre, autorisant à frères à se retrouver dans la unité.

J’espère que vous allez bien et qu’à Glux on ne se ressent pas trop de la guerre : ma pensée vous rejoint tous bien souvent et je ne cesse de me demander ce que deviennent tous ces pauvres enfants mobilisés.

Jusqu’ici nous n’avons pas été exposés, cela ne nous empêche pas de subir bien des misères avec le temps qui reste si froid et si (?) – et ça n’est que le commencement : espérons quand même !

Au revoir, cher monsieur Blanchot, dites mon souvenir au gens et à vos enfants surtout, et croyez à mes sentiments les meilleurs.

C. Bornet