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Communion de Germaine Boizard – été 1944

Dans l’allée du château du vieux Glux.

Les communions avaient été reportées fin juin, à cause de l’arrestation de l’Abbé Bornet.

Personnes identifiées sur la photo (de gauche à droite et de haut en bas) :

1- Boizard Térèse épouse Martin
2- Léonne Boizard née Buteau (la mère)
3- André Boizard
4- Marguerite Boizard
5-Jean-Marie Boizard (le père)
6- Germaine Boizard
7- André Martin
8- Simone ? Martin (nièce)

Léonne et Jean-Marie Boizard ont travaillé au château de 1933 à 1947 (décès de Jean-Marie et en +- 1958 pour Léonne). Ils logeaient dans le château, dans la partie qui était du côté des communs.

Germaine a aussi travaillé au château, dans les années 50, jusqu’en 1958.

Il a vécu pour Dieu il est mort pour la Patrie

Chez nous, le nom de Dun-les-Places évoquera, toujours le souvenir de la tuerie sauvage dans furent victimes, le 26 juin 1944, l’Abbé René Rolland, curé de ce village du Morvan, et une vingtaine de ses paroissiens, dont le Maire.

Un autre prêtre nivernais, est aussi à inscrire au martyrologe de la Résistance, l’abbé Camille Bornet, curé de Glux-en-Glenne et de Saint-Prix, ancien vicaire de Decize.

L’abbé Camille Bornet n’avait pas 50 ans lorsqu’il fut torturé et assassiné par la Gestapo.

Combattant de 1914, capitaine pendant la guerre de 1939, prisonnier en 1940, puis libéré comme officier de la guerre précédente, il était revenu dans ses paroisses en 1942.

Sa situation dans le Haut-Morvan où, peu à peu, se concentrait le maquis, l’exposait à tous les risques. Lui ne voulut y voir qu’une invitation providentielle à se dévouer en prêtre français.

Ennemi n°1

Ce que lui reprochait devant son frère, le commandant de la Gestapo de Nevers, après son arrestation sur dénonciation le 31 mai 1944 et son emprisonnement rue Félix-Faure, ce n’était pas d’avoir commis quelque violence les armes à la main.

«  C’est beaucoup plus grave ! Votre frère était l’ennemi n°1, beaucoup plus dangereux qu’un terroriste ordinaire. Il avait une grande influence morale. Il s’était rendu dans un camp de maquis pour porter la communion. Il a, de ce fait, donné un réconfort moral à un grand nombre de ces bandits ! »

L’abbé avait répondu à l’officier avec une crânerie, une vigueur, une fierté intolérables à l’officier allemand, qui avoua « n’avoir jamais rencontré un homme tel que ce curé nivernais », à tel point qu’il s’était vu dans la nécessité de le gifler.

Cela se passait le 6 juin. Or, le matin même, le curé, de Glux avait été tiré de la prison de Nevers et emmené à Chalon-sur-Saône, le lieu de son supplice.

Ajouter la calomnie à l’assassinat

Trois jours plus tard, son corps a demi nu était déposé à la morgue de la prison, sans indication ni papiers, comme le cadavre d’un inconnu.

Que s’était-il passé ?

La justice allemande avait essayé de dissimuler son crime. Elle prétendit que le prisonnier était mort par strangulation volontaire.

C’était ajouter la calomnie à l’assassinat.

On a su par le personnel de la prison que l’abbé avait souffert atrocement et que, pendant quarante-huit heures, il était resté dans le coma, la poitrine défoncée, les épaules meurtries et perdant son sang par la bouche, le nez et les oreilles…

Nous passons sur ces horribles détails des tortures infligées à l’abbé Bornet qui ne céda point et ne livra aucun renseignement sur les maquis.

Les funérailles de l’abbé Camille Bornet ont eu lieu le jeudi 13 septembre 1945. Après un court arrêt devant les portes de l’église de Saint-Prix, sa seconde paroisse, il a été inhumé dans l’église de Glux-en-Glenne où il repose depuis.

Ce jour, plusieurs milliers de personnes, croyantes ou incroyantes, pleuraient dans un silence impressionnant. Tout le Haut-Morvan était en deuil, les drapeaux en berne.

D’après un texte de Jacques Crozatier

Illustration de l’article : l’Abbé Bornet avec son petit chien Poutiou

Commémoration du 13 juillet 2025 – Récit de la journée

Cette journée de commémoration aurait dû se tenir en juin 2024. René Blanchot, maire de Glux à l’époque, en était à l’initiative ; il s’y était impliqué et engagé de manière très forte, mais la maladie ne lui avait pas permis d’aller jusqu’au bout de ce projet.

Le programme de la journée, chargé, a commencé par une marche mémorielle entre l’église de Saint-Prix et celle de Glux-en-Glenne, sur le chemin qu’empruntait régulièrement l’Abbé Bornet pour desservir ses deux clochers en passant par le hameau de Villechaise.

C’est le chemin qu’il avait pris, le matin du mercredi 31 mai 1944, pour rejoindre sa cure à Glux, où il allait être arrêté en début d’après-midi.

Les marcheurs, de Glux et de Saint-Prix s’étaient donné rendez-vous à l’église de Saint-Prix à 8 heures, ils étaient une petite vingtaine, de tous âges, qui se mirent en marche un peu après 8 h 15.

Cette heure matinale leur permit de faire le trajet, plutôt éprouvant du fait des dénivelés importants, sans trop souffrir de la chaleur.

Ils rejoignirent les autres participants à la cérémonie qui les attendaient devant l’église de Glux où les rejoignit à son tour Monseigneur Grégoire Drouot, évêque de Nevers, un peu avant 10 heures.

La cérémonie pouvait commencer…

Étaient présents, aux côtés de la maire de Glux, Mme Nacera Ounnas-Verspieren, et du maire de Saint-Prix Christian Demizieux, le maire de La Comelle, Alain d’Anglejan, et des représentants de communes voisines, notamment Saint-Léger-sous-Beuvray et La Rochemillay.

Monseigneur Grégoire Drouot, évêque de Nevers et le père Guy Richard, curé de la paroisse de Luzy, incarnaient l’Église nivernaise.

Le porte-drapeau, Stéphane Doreau, descendant d’une habitante de Glux et un lieutenant-colonel de l’armée de Terre, achevaient de donner un caractère solennel à cette cérémonie républicaine.

Celle-dernière commença par un discours de Madame la maire de Glux, qui rendit hommage à la profonde humanité de l’Abbé Bornet, toujours perceptible plus de 80 ans après sa disparition, à son ouverture, à son dévouement pour les habitants des deux communes, notamment pour les soins aux malades que sa formation comme secouriste lors de la Première Guerre mondiale lui avait permis de prodiguer.

Deux jeunes filles de la commune lurent les noms des morts de la Seconde Guerre mondiale, dont l’Abbé Bornet et Émile Blanchot, arrêté en même temps que lui.

Après le dépôt des gerbes au monument aux morts, la Marseillaise fut chantée, a capella, par une assistance à la fois attentive et participative. Enfin le chant des partisans résonna pour conclure ce moment de recueil républicain.

Le président de l’association du Patrimoine du pays de Glux, Yvan Nemo, fit à son tour un discours où, après avoir rendu hommage à René Blanchot, il rappela tout d’abord le rôle crucial joué dans la transmission de la mémoire et du souvenir de l’Abbé Bornet, par Roger Bornet, son neveu, et sa femme Danielle, par Elisabeth Duvernoy, habitante de Villechaise, et par l’Abbé Alexandre, curé de Glux et de Saint-Prix, notamment, de 1992 à 2009.

Sans eux, sans leur travail patient et passionné, la mémoire de l’Abbé ne pourrait, aujourd’hui, être aussi présente et vivante.

Rappelant à son tour la profonde humanité qui se dégage de la vie de l’Abbé, de son engagement et de son dévouement, il invita les participants à entrer dans l’église, sur les pas de l’Abbé et de son chemin d’humanité…

Les participants à la commémoration purent alors entrer dans l’église où ils prirent place pour écouter une conférence de Thomas Terrien, historien, sur « L’engagement du clergé du Morvan dans la Résistance. »

Cette conférence, très appréciée, permit de mettre en perspective et de comprendre le sens de l’engagement dans la Résistance de l’Abbé Bornet en replaçant celui-ci dans un contexte plus étendu.

À l’issue de cette conférence, à 11 h 30, eut lieu une messe, qui était aussi une messe paroissiale, co-célébrée par Monseigneur l’évêque Drouot et le père Richard.

L’église était pleine, elle avait été soigneusement préparée et embellie, notamment par des fleurs, comme aimait à le faire l’Abbé Bornet.

La messe fut très belle, avec de nombreux chants largement repris par l’assistance et une émotion et une ferveur palpables.

L’exposition sur l’Abbé Bornet et sur la Résistance dans le clergé du Morvan, installée dans l’église à l’occasion de cette commémoration accueillit ses premiers visiteurs après cette célébration.

Cette exposition restera accessible et visible tout l’été 2025.



Après un pique-nique dans le parc du château de Contenson, a eu lieu la bénédiction de la croix de l’Echenault, sous le mont Beuvray, par Monseigneur Drouot vers 15 h 00.

Cette ultime cérémonie, qui réunit une quarantaine de personnes, fut l’occasion de l’évocation de souvenirs d’habitants à propos de ce lieu, situé à la « croisée des chemins », qui fut aussi le dernier de la commune que vit l’Abbé Bornet au moment d’être emmené vers la prison de Nevers.

La prière de consécration et la bénédiction proprement dite furent suivies d’un chant, entonné par Monseigneur Drouot et repris par l’assistance, émue par ce dernier moment de partage et de ferveur humaine…

Commémoration du 13 juillet 2025 – La bénédiction de la croix de l’Echenault

Après un pique-nique dans le parc du château de Contenson, a eu lieu la bénédiction de la croix de l’Echenault, sous le mont Beuvray, par Monseigneur Drouot vers 15 h 00.

Cette ultime cérémonie, qui réunit une quarantaine de personnes, fut l’occasion de l’évocation de souvenirs d’habitants à propos de ce lieu, situé à la « croisée des chemins », qui fut aussi le dernier de la commune que vit l’Abbé Bornet au moment d’être emmené vers la prison de Nevers.

La prière de consécration et la bénédiction proprement dite furent suivies d’un chant, entonné par Monseigneur Drouot et repris par l’assistance, émue par ce dernier moment de partage et de ferveur humaine…

Commémoration du 13 juillet 2025 – L’exposition commémorative

L’exposition sur l’Abbé Bornet et sur la Résistance dans le clergé du Morvan, installée dans l’église à l’occasion de cette commémoration accueillit ses premiers visiteurs après cette célébration.

Elle présente notamment les témoignages recueillis par Élisabeth Duvernoy, sur une proposition de Roger Bornet, neveu de l’Abbé, dans les années 2005 à 2015.

Ces témoignages sont exposés des deux côtés de l’église, ainsi que sur deux panneaux de l’exposition.

Cette exposition restera accessible et visible tout l’été 2025.

Commémoration du 13 juillet 2025 – La messe

À l’issue de cette conférence, à 11 h 30, eut lieu une messe, qui était aussi une messe paroissiale, co-célébrée par Monseigneur l’évêque Drouot et le père Richard.

L’église était pleine, elle avait été soigneusement préparée et embellie, notamment par des fleurs, comme aimait à le faire l’Abbé Bornet.

La messe fut très belle, avec de nombreux chants largement repris par l’assistance et une émotion et une ferveur palpables.

On peut noter la présence, dans le chœur et durant toute la cérémonie, du drapeau français, porté par Stéphane Doreau avec l’accord de Monseigneur Drouot.

À noter à ce propos que Jeanne Bérard témoigne à propos de sa première communion :

« Ce jour-là, le drapeau français était hissé derrière l’autel. »

Ce jour-là, c’était le 13 juin 1943, soit un an avant la mort de l’Abbé Bornet le 9 juin 1944…

Commémoration du 13 juillet 2025 – La conférence de Thomas Terrien

Les participants à la commémoration purent alors entrer dans l’église où ils prirent place pour écouter une conférence de Thomas Terrien, historien, sur « L’engagement du clergé du Morvan dans la Résistance ».

Cette conférence, très appréciée, permit de mettre en perspective et de comprendre le sens de l’engagement dans la Résistance de l’Abbé Bornet en replaçant celui-ci dans un contexte plus étendu.

Commémoration du 13 juillet 2025 – La cérémonie au monument aux morts

Étaient présents, aux côtés de la maire de Glux, Mme Nacera Ounnas-Verspieren, et du maire de Saint-Prix Christian Demizieux, le maire de La Comelle, Alain d’Anglejan, et des représentants de communes voisines, notamment Saint-Léger-sous-Beuvray et La Rochemillay.

Monseigneur Grégoire Drouot, évêque de Nevers et le père Guy Richard, curé de la paroisse de Luzy, incarnaient l’Église nivernaise.

Le porte-drapeau, Stéphane Doreau, descendant d’une habitante de Glux et un lieutenant-colonel de l’armée de Terre, achevaient de donner un caractère solennel à cette cérémonie républicaine.

Celle-dernière commença par un discours de Madame la maire de Glux, qui rendit hommage à la profonde humanité de l’Abbé Bornet, toujours perceptible plus de 80 ans après sa disparition, à son ouverture, à son dévouement pour les habitants des deux communes, notamment pour les soins aux malades que sa formation comme secouriste lors de la Première Guerre mondiale lui avait permis de prodiguer.

Deux jeunes filles de la commune lurent les noms des morts de la Seconde Guerre mondiale, dont l’Abbé Bornet et Émile Blanchot, arrêté en même temps que lui.

Après le dépôt des gerbes au monument aux morts, la Marseillaise fut chantée, a capella, par une assistance à la fois attentive et participative. Enfin le chant des partisans résonna pour conclure ce moment de recueil républicain.

Le président de l’association du Patrimoine du pays de Glux, Yvan Nemo, fit à son tour un discours où, après avoir rendu hommage à René Blanchot, il rappela tout d’abord le rôle crucial joué dans la transmission de la mémoire et du souvenir de l’Abbé Bornet, par Roger Bornet, son neveu, et sa femme Danielle, par Elisabeth Duvernoy, habitante de Villechaise, et par l’Abbé Alexandre, curé de Glux et de Saint-Prix, notamment, de 1992 à 2009.

Sans eux, sans leur travail patient et passionné, la mémoire de l’Abbé ne pourrait, aujourd’hui, être aussi présente et vivante.

Rappelant à son tour la profonde humanité qui se dégage de la vie de l’Abbé, de son engagement et de son dévouement, il invita les participants à entrer dans l’église, sur les pas de l’Abbé et de son chemin d’humanité…

Commémoration du 13 juillet 2025 – La marche de Saint-Prix à Glux

Le programme de la journée, chargé, a commencé par une marche mémorielle entre l’église de Saint-Prix et celle de Glux-en-Glenne, sur le chemin qu’empruntait régulièrement l’Abbé Bornet pour desservir ses deux clochers en passant par le hameau de Villechaise.

C’est le chemin qu’il avait pris, le matin du mercredi 31 mai 1944, pour rejoindre sa cure à Glux, où il allait être arrêté en début d’après-midi.

Les marcheurs, de Glux et de Saint-Prix s’étaient donné rendez-vous à l’église de Saint-Prix à 8 heures, ils étaient une petite vingtaine, de tous âges, qui se mirent en marche un peu après 8 h 15 sur ce trajet chargé de mémoire.

Cette heure matinale leur permit de faire le trajet, plutôt éprouvant du fait des dénivelés importants, sans trop souffrir de la chaleur.

Témoignage de Mme Thérèse Portrat, née Blanchot, à Couches-les-Mines

Renseignements et souvenirs de l’arrestation de l’Abbé Bornet

Je me souviens de ce jour du 31 mai 1944.

Journées de grande inquiétude dans la région.

Notre maison est située au hameau de l’Échenault, en bordure de route. Nos portes de communication avec l’extérieur se trouvent en hauteur au sommet d’un balcon avec de nombreuses marches.

Ce jour je me trouvais donc à l’extérieur, ce qui m’avait permis de voir les tractions avant comme on les appelait à cette époque.

Tout d’abord j’ai été surprise de voir défiler ces voitures noires.

Une première, dans la deuxième j’ai très bien reconnu l’Abbé Bornet, au centre, entouré par les soldats allemands, puis une troisième et une quatrième avec sans doute son voisin, Monsieur Blanchot Émile, arrêté ce même jour.

Cela se se passait aux alentours de midi.

Mes parents avaient une scierie située au pied au pied du Mont Beuvray, tout près de la forêt. Les ouvriers employés par mon père venaient pour le déjeuner, les voitures allemandes les ont croisés.

Ils ont été surpris de les voir ralentir. L’un d’eux à pu entendre leur conversation : « Qui sont ces gens-là ? », il a entendu la réponse donnée par le prêtre, il leur a dit « ce sont des ouvriers qui viennent de la scierie ».

Est-ce qu’ils avaient la crainte de rencontrer des maquisards à proximité de la forêt ? Car c’est à peu près sûr qu’il y en avait.

Après cette conversation, ils ont poursuivi leur chemin en prenant la route long longeant le Mont Beuvray.

Mes parents tenaient aussi un café et faisaient aussi quelques fois restaurant. Donc c’est de temps à autre que les jeunes qui perchaient dans la forêt, à quelques centaines de mètres, venaient chercher de la nourriture chez nous.

Ma mère leur transportait le ravitaillement dans un grand panier qu’elle mettait dans la brouette, qu’elle recouvrait d’un drap blanc, pour faire croire qu’elle allait faire sa lessive.

La suite de tout ce récit, nous l’avons connu les jours suivants.

L’arrestation, Nevers, puis Chalon-sur-Saône, lieu de son supplice, puis de son décès.