Lettre de l’abbé Monteillet, curé de Villapourçon à chanoine Andriot ?

Mon cher ami

Le 8 mars (…lacune…) m’adresse à René Bornet. Je (…lacune…) de négligence (…lacune…) lui demande de ne plus tarder à te rendre visite. L’as-tu vu ? Pour vous permettre de prendre sans lui, si nécessaire, une décision, je t’envoie la déposition de Madame Bornet et de Madame Gaillot, présidente de la ligue A.C.F. à Glux, ces dames accompagnant René Bornet à Chalon.

1 L’arrestation

Le 31 mai, 12 3/4, l’Abbé Bornet est au presbytère ; trois voitures allemandes, arrivent à Glux. Avant l’arrêt de ces voitures, les Allemands descendent, se précipitent, cernent la maison Blanchot et le presbytère. 1 mitrailleuse est mise en position au-dessus du garage. Elle garde le nord et l’ouest du presbytère. 1 sentinelle est placée au grand portail, surveillant l’est, une seconde est au jardin. L’officier suivi de son interprète entre et procède à l’arrestation. On ignore ce qui s’est passé, la bonne ayant fui le presbytère. 1 h. L’abbé Bornet, une musette à l’épaule et en manteau quitte sa chère maison. Il aperçoit sa bonne, lui dit « Au revoir, Jeanne », embrasse quelques enfants qui pleuraient et c’est le départ.

2 L’interrogatoire à Nevers

Le frère de l’abbé B. est allé trouver le chef de la secrète allemande. Il demande le motif de l’arrestation de son frère ; affirme la parfaite loyauté de l’abbé, officier français, ni communiste, ni anti-allemand.

Réponse de l’allemand : Bornet est bien pire, a confessé des hommes du maquis, leur rapporter la communion, célébré la messe et prononcé un sermon pour les exciter. Il est classé ennemi n°1 par son influence.

On voulut lui faire avouer qu’il avait des armes et des munitions.

Bornet répondit « Je ne puis rien dire, puisque je ne sais rien. »

Le chef : « Votre vie est en danger et vous refusez d’avouer. »

M. Bornet : « La mort ne me fait pas peur, j’offre le sacrifice de ma vie au bon Dieu. »

Le chef à René Bornet : « Devant l’attitude d’un homme semblable, je me suis vu dans la nécessité de le frapper. »

Au frère Bornet – « Dans toute ma carrière, je ne me suis jamais trouvé face à un homme aussi arrogant » et prenant à partie l’abbé de Thernay (sic), curé de Bassou (…lacune…) présent à l’entretien, il dit :

« Moi j’adore un dieu vivant. Un dieu que je connais, mais vos soutanes, je les hais. »

Mardi 6 mai

L’abbé Bornet est dirigé sur Chalon. À Château-Chinon, arrêt. Bornet n’a pas pu adresser la parole aux amis qui venaient de lui dire un dernier adieu, les a salué de la main.

Mercredi 7 mai

L’abbé a subi la torture. Le gardien était français
Les gardiens de service ont affirmé avoir entendu des cris atroces de bête humaine traquée. Ils ignoraient que la victime fut un prêtre.

Jeudi 8 mai

Les gardiens continuent à entendre les cris de douleur.

Vendredi 9 mai

Vers 7 h du soir, le gardien français de passage dans le couloir est appelé par les sentinelles allemandes qui ont dit « Venez voir, un détenu qui s’est pendu. Il a une soutane ,se fait passer pour un prêtre, ce n’est pas un prêtre, c’est un espion. »

Le gardien français entre dans la cellule, voit l’abbé étendu à terre au milieu de la cellule, le prend aux épaules sur son bras, lui passe la main autour du cou, et ne constate aucune trace de strangulation.

Bornet vit encore. Il n’a pu prononcer aucune parole. Seul ses yeux « de gros yeux qui me fixaient », dit le gardien, « parlaient encore. »

Ayant déboutonné la soutane, il a constaté la poitrine défoncée en sang, défoncée à coup de crosse de fusil, plus vraisemblablement de talon de bottes, de l’écume rose à la bouche, les oreilles pleines de sang craquelé, les mains noires.

L’infirmier allemand lui a fait deux piqûres, est entré en agonie et à 11 h du soir a rendu le dernier soupir.

Le 10 mai, a été transporté à la morgue

J’attends vos ordres. Ne tardez pas. Hier à la mission de Villapourçon : 110 personnes. À Glux au 3e jour de mission, 150 personnes ont suivi les exercices.

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